Texte / Extraits / Verhaeren « Fleur fatale »

Verhaeren – Fleur fatale

L’absurdité grandit comme une fleur fatale

Dans le terreau des sens, des cœurs et des cerveaux ;

En vain tonnent, là-bas, les prodiges nouveaux ;

Nous, nous restons croupir dans la raison natale.

Je veux marcher vers la folie et ses soleils,

Ses blancs soleils de lune au grand midi, bizarres,

Et ses échos lointains, mordus de tintamarres

Et d’aboiements et pleins de chiens vermeils.

Îles en fleurs, sur un lac de neige ; nuage

Où nichent des oiseaux sous les plumes du vent ;

Grottes de soir, avec un crapaud d’or devant,

Et qui ne bouge et mange un coin du paysage.

Becs de hérons, énormément ouverts pour rien,

Mouche, dans un rayon, qui s’agite, immobile :

L’inconscience gaie et le tic-tac débile

De la tranquille mort des fous, je l’entends bien !

Photo de Depardon

Publié par

MdlBook Watts

Photo, Livres, textes & Cie

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