Texte / M.Watts « La famille Jamones », Part. 2 , 2015.

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La famille Jamones, M.Watts, 2éme partie, 2015.

Ses rêveries sont coupées par le bruit d’un moteur. Sa mère se gare dans le parking. Il descend l’accueillir. Pas de père dans le coin. Il a du s’endormir dans un coin, épuisé par son inactivité.

Maria Mère est en sueur. Le garage est en plein centre de Montpellier et avec les 38° elle avait frôlé l’apoplexie. Non pas que la voiture n’est pas climatisée, c’est l’un des derniers modèles de BMW, toutes options, mais elle n’avait pas le droit de la mettre sur une si courte distance sinon son mari péterait un plomb. Déjà qu’en temps normal elle n’avais pas l’autorisation de la conduire seule. Elle pouvait utiliser le vieil Express de la boîte pour aller faire les courses mais cette voiture là était propriété du maître. La petite Saxo qu’elle avait depuis des années avait fini par lâcher (joint de culasse) et elle devait désormais rendre compte de ses faits et gestes pour avoir des roues, son cher époux ne voyant pas l’intérêt de payer une assurance de plus maintenant que les gamins avaient quitté la maison. La famille Jamones ne manquait pas de moyens mais la définition de « l’utilité » des dépenses étant fixée par le Père, celui qui ramenait le pognon, le confort de « la femme au foyer » n’était pas prioritaire. Ses packs de bières si.

Une fois épongée Maria embrassa son fils. Elle était heureuse de sa visite. Depuis quelques temps son mari partait complètement en vrille. Il n’avait jamais été homme facile mais là l’air était devenu irrespirable. Il lui sortait par les yeux, tant au sens figuré que propre tant elle pouvait pleurer sur sa vie gâchée. Elle était loin de l’existence dont elle avait rêvée. En prenant de l’âge ces moments de lucidité la laissait démunie et désespérée.

Elle n’en voulait pas à sa fille d’avoir bravé toute la famille par Amour. Qu’importe les jugements et le regard des autres, elle, elle avait osé. Maria aurait aimé avoir ce courage lorsque, 30 ans plus tôt, elle avait réalisé que Miguel n’était et ne serait jamais l’homme qu’elle aurait dû épouser, ni même celui qu’elle croyait avoir épousé, dans sa naïveté de jeune fille. Le jour où Madame Jamones Mère avait débarqué pour gérer leurs finances et surveiller l’effet de sa belle-fille sur son fils adoré, elle aurait du fuir à toute jambe sans se retourner Miguel Junior sous le bras.

Aujourd’hui elle n’avait plus le courage ni la force de faire bonne figure. Sa vie était terminée depuis longtemps. Sa seule fierté était sa progéniture, quoiqu’en dise son abruti de mari. Car selon lui ça aussi elle l’avait raté. Il la rendait responsable de tous les maux du monde.

Elle avait essayé d’élever au mieux leurs enfants dans un foyer aimant et sécurisant, mais elle n’était pas dupe. Si les deux étaient aussi instables émotionnellement parlant c’était bien à cause de l’exemple exécrable de son couple. Aujourd’hui elle était si abattue qu’elle avait trouvé refuge dans les paradis artificiels médicamenteux. Plus rien ne lui fait mal maintenant. Ni son horrible mari, ni son abominable belle-famille. La seule chose qui la touchait encore était le regard que ces enfants portaient sur elle, ce regard d’incompréhension, ce regard de pitié parfois qui ne faisait que renforcer l’immense fossé qui s’était creusé entre eux depuis qu’ils avaient atteint l’âge adulte. Elle leva les yeux vers son fils. Il était beau, se dit-elle. Grand brun ténébreux au sourire enjôleur et sensible. Plus jeune c’était ce genre d’homme qui la faisait craquer. Le pauvre enchaînait pourtant les déceptions sentimentales. Son père bien sûr n’était pas étranger à ces fiascos, usant à chaque présentation officielle de sa diplomatie légendaire pour rabaisser son fils et détruire sa vie.

Depuis Isabelle, la dernière en date et son départ précipité de la table familiale, Miguel Junior ne voulait plus entendre parler de vie sentimentale ou autre.

Pourtant, son sentiment maternel lui donnait à penser que quelque chose était en train de se produire et que son fils avançait.

Elle gravit les quelques marches et s’assit à ses côtés, voulant profiter de ce moment de calme pour le questionner. C’est bien sûr à ce moment-là que Miguel Père choisit de sortir de la cuisine : « Te voilà enfin toi. Il t’en a fallu du temps pour un simple aller-retour ». Il posait sur elle son regard suspicieux. Sans même un regard ou un geste il se dirige directement vers la voiture afin de vérifier si son boulet de femme a accompli correctement la misérable tâche qu’il lui avait confiée.

« _ Il y a une trace là ! Mais tu es vraiment trop conne, c’est pas possible ! »

Aucune réaction. Il roumègue dans sa barbe « De toute façon le jour où elle écoutera ce que je lui dit ça se saura…30 ans que j’essaie de me faire entendre dans cette maison…mais non, je suis toujours le vieux con qui a toujours tort… Et bien voilà le résultat, même nettoyer une bagnole dans un automate ils ne savent pas faire…Comme on dit , on est pas mieux servi que par soi-même… ».

A quelques mètres au dessus de lui, Maria et son fils préparent l’apéro sur la table de devant. Ils ne parlent pas. Les dents serrées par les éternelles plaintes de Miguel Père. Elle rentre changer de vêtements, les siens étant encore trempés par la sueur de son trajet, et retrouve avec soulagement le petit flacon qui la libérera l’espace d’un instant.

A peine revenue sur la terrasse elle se fait agresser. Miguel Père est très énervé et, renversant en passant le pot d’olives posé sur la table il saisit les clefs, vociférant contre elle comme un diable sorti de sa boîte : « _ Même ça tu es pas foutue de le faire ! Laver une bagnole bordel mais tu es la personne la plus nulle et la plus inutile du monde !!! Tu ne perds rien pour attendre ! Attends que je revienne tu vas voir ce que tu vas prendre ! Obligé de retourner faire le boulot à ta place ! Minable ! Reste donc avec ton fils débile, vous faîtes la paire tous les deux ! Mais putain qu’est-ce que j’ai pu faire au bon Dieu pour mériter une famille à ce point incapable !! ». Il monte dans la voiture, met la clim à fond et sort du parking dans un vrombissement.

Une fois hors de sa vue Maria respire enfin. Elle va en entendre parler pendant deux ans mais là elle est enfin tranquille pendant quelques minutes. Elle se lève et se rend à la cuisine pour gober un petit cachet de valium, devant le regard désapprobateur de son fils. Elle ne culpabilise pas cette fois, c’est facile pour lui de la regarder comme ça, lui il est parti, elle c’est tous les jours qu’elle subit cette pression. On lui dira qu’elle elle a choisit, mais sincèrement, peut-on vraiment choisir ça ?

Elle chasse ses pensées et sourit : elle va pouvoir avoir quelques instants avec son fils, voilà une bonne chose.

« _ Viens Niño, profitons de cette accalmie pour discuter un peu… ». Il la suit dehors.

Comme s’est agréable d’être ainsi installés autour d’un verre avec le bruit des cigales.

« _ Alors mon Fils, raconte moi un peu ta vie. ». Miguel est sur le point de craquer, de tout confier à sa mère, Sophie, ses questionnements sur son boulot, son ressenti sur sa famille…

Il sait qu’il aura besoin d’une alliée et c’est peut-être le moment. Au pire elle désapprouvera et l’affaire sera close mais au moins il aura essayé. Elle n’était pas encore shootée par ses médicaments et son boulet de père ne ferait pas de remarques. De toute manière qu’elle que soit sa réaction il protégerait son couple de sa famille par tous les moyens possibles. Il avait trop a perdre cette fois et ses priorités avaient changées.

C’est vrai que l’instant était propice. Il lui sourit et commençait à peine sa phrase quand la voiture paternelle se gara. Raté. Il se leva, embrassa sa mère plus tendrement que jamais, prit son sac et congé.

« _Qu’est-ce que tu as encore fait au p’tit pour qu’il se tire comme ça ?! »

C’est les yeux plein de larmes que Maria regarda partir Miguel. Elle savait. Elle savait qu’il ne reviendrait plus. Elle venait de perdre son deuxième enfant pour ne pas avoir su exister face à son mari. C’était le coup fatal. Quelques semaines après elle se « trompa » et avala un cocktail trop fort tandis que son cher époux admirait sa belle piscine et comptait les feuilles flottantes depuis le départ du fils.

-FIN-

Publié par

MdlBook Watts

Photo, Livres, textes & Cie

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