ReadList #2/ « California Girls » Simon Liberati

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Après Eva paru l’an passé, Simon Liberati se penche une fois encore sur le destin torturé de femmes blessées et manipulées pour qui la vie n’a été que souffrance, renonciation et perte de Soi.

California Girls, paru en août 2016 chez Grasset, s’intéresse  à la Famille Manson.

Par la narration de l’un des plus glauques fait divers du siècle dernier, le meurtre gratuit et ignoble de Sharon Tate, ce roman offre une approche quelque peu différente des dizaines d’ouvrages consacré à l’un des plus grands psychopathes de l’histoire contemporaine.

Pourquoi différente? Parce que Manson n’est pas le centre de l’intrigue. Ce n’est pas un énième portrait de lui, mais un regard porté sur son entourage. Sur ces filles qui ont tout renié, tout balancé pour pouvoir être à ses côtés. Ces jeunes femmes désabusées, fragiles, en manque cruel d’attention, d’amour, de reconnaissance. Ces femmes qui n’attendaient plus rien mais qui voulaient tout. De parfaites victimes pour un Manson égocentrique et dérangé, qui pourra, par son charisme et son talent d’orateur les façonner à son image.

Attention, elles ne sont pas pour autant déchargées de leur responsabilités dans les méfaits horribles qu’elles ont été capables d’accomplir pour leur « Charlie » . Même sous l’emprise exagérée de drogues et les grands discours travaillés de leur « Jésus-Christ » elles restent conscientes de leurs actes. Pourtant peu leur importe les conséquences, peu leur importe le sentiment d’empathie, tout ce qui compte c’est son regard à lui.

Elles sont ses jouets, ses chiennes, ses salopes. Il peut les récompenser, les briser, les baiser,  les malmener, les insulter, les frapper. Elles sont à lui, elles ne s’appartiennent plus.

« Depuis tous ces mois passés à faire l’amour ensemble, à tout partager et à vivre au même rythme biologique, ils avaient développé des liens instinctifs, non verbaux, pareils à ceux d’une horde d’animaux sauvages. »

Un superbe portrait de ces femmes prêtes à tout pour leur obscur Sauveur. Une analyse de folie humaine, de la folie meurtrière où la morale n’existe plus, où l’Homme est devenu une bête féroce.

Cet ouvrage dérangeant met un peu plus en exergue la dangerosité de Manson qui rassemble cette petite armée de fantômes et qui, tel un marionnettiste en tire les ficelles les plus coupantes. La naissance d’une « famille » de psychopathes en herbe où la montée de la violence se fait en un battement de cil, en un baiser suivi d’une bonne raclée. On n’y entre mais on n’en ressort jamais.

« En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire.  J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans  défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate. »

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