Books/ ReadList#3 L’Intégrale !

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Retrouvez-ici l’intégralité de la ReadList#3 !

photo Marie-Ève LACASSE, Peggy dans les phares, Éd. Flammarion, 2017.004508470

« Pour nous aimer, Françoise, il nous a fallu monter un rempart contre le monde, dans un grand silence où règne un équilibre d’amour. Ce que je dissous dans l’alcool, la nuit et toi me donnent la pleine conscience d’une richesse qui m’était jusqu’alors inimaginable. »

julia-kerninon Julia KERNINON Une activité respectable, Éd. du Rouergue, 2017.    9782812612039

« Comme tous les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher – nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout. »

images Don CARPENTER Un dernier verre dans un bar sans nom, 10/18, 2017004653663.jpg

« Le Jolly Joan était ouvert toute la nuit, une grande salle pleine d’oiseaux de nuit et d’insomniaques, l’un des rades où Stan avait l’habitude de traîner quand il était à la rue. Les habitués se connaissaient tous plus ou moins, ne serait-ce que de vue, et, un soir, Stan et Marty avaient discuté jusqu’à quatre
heures du matin, assis côte à côte au long bar. »

AVT_Tim-Murphy_6898 Tim MURPHY L’immeuble Christodora, Éd. Plon, 2017index

«J’ai travaillé très fort pour trouver l’équilibre entre les faits et la fiction. Pour créer des personnages possédant une vie intérieure tout en insérant sur leur parcours ce qui s’est vraiment produit» Tim Murphy

téléchargement Irvine WELSH La vie sexuelle des soeurs siamoises, Diable Vauvert, 2017téléchargement

« C’est cette merde qui est en train de foutre votre vie en l’air, et c’est ce
qui finira par vous tuer, bordel de merde! Mes mots ont réussi à transpercer sa couche de graisse pour se planter au plus profond d’elle. Je peux voir ses plaies personnelles béantes, saigner sous mes yeux. »

joe-meno.jpg Joe MENO Le Blues de La Harpie , Éditions Agullo, 2017  Le-Blues-de-la-harpie

« Pas moi. Moi, je me retrouvais coincé, comme je l’avais toujours été – en taule ou au taf, ça ne changeait pas grand chose. A regarder le monde entier faire le plein puis s’en aller, un type pouvait à la longue éprouver une affreuse sensation d’enfermement, une solitude terrible, si vous voyez ce que je veux dire. »

Eiríkur-Örn-Norðdahl-©-Philippe-Matsas1.jpg Eirikur ÖRN NORDDAHL Heimsla, la stupidité, Éditions Métailié, 2017   heimska.jpg

« Avant de l’épouser, Áki avait prévenu Lenita que, si elle le trompait, il ne se gênerait pas pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Je sortirai et je coucherai avec quelqu’un d’autre, avait-il menacé. N’importe qui, avait-il répété en voyant qu’elle ne répondait pas. »

 

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Books/ ReadList #3 / Eirikur Orn Norddahl « Heimska la stupidité »

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Dernier opus de la ReadList#3!

Dans un monde où Internet est la plus belle source de progrès comme la plus dangereuse, Eiríkur Örn Norddahl nous met en garde contre la force de destruction que peuvent avoir les nouvelles pratiques du web sur les valeurs primordiales de l’humanité. A l’heure où tous prônent férocement le respect de la vie privée, à quel point sommes-nous victimes de notre propre « liberté » virtuelle?

Heimsla, la stupidité, paru chez Métailié au début de l’année nous offre une vision terrible mais tellement vraie de la réalité du no limit du web une fois pris dans ses griffes…

Né à Reykjavik en 1978, Eiríkur Örn Norddahl commence à écrire dans les années 2000 mais n’en vit pas. Voyageur et curieux des différentes façons de vivre des gens, il passera quelques années à Berlin, Helsinki et récemment au Vietnam. En 2004 il fonde le collectif poétique d’avant-garde Nyhil, en Islande avec plusieurs de ses comparses. En 2008, il a reçu le Icelandic Translators Award pour sa traduction du roman de Jonathan Lethem, Les Orphelins de Brooklyn. Il a obtenu une mention Honorable au Zebra Poetry Film Festival de Berlin en 2010 pour son animation poétique,  Höpöhöpö Böks. En  2012 Norddahl a reçu le Icelandic Literary Prize, catégorie fiction et poésie, ainsi que le Book Merchants’ Prize pour son roman Illska.

Heimsla, la stupidité, a obtenu le prix Transfuge du meilleurs roman scandinave 2017.

Eirikur Örn NORDDAHL

L’Islande du futur est un pays hyper-connecté. Chaque seconde de votre vie est filmée, partagée, jetée en pâture sur la place publique. Tous vos gestes sont étudiés, « Les gens avaient cessé de baiser portes closes ou de déféquer en privé ». 

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de Lenita et Áki Talbot.

Tous les deux écrivains et tout juste divorcés, ils cherchent à faire souffrir l’autre en se partageant mutuellement toutes leurs incartades sexuelles. le roman commence d’ailleurs par ça. Lenita est sauvée de son « obligation » de regarder en direct via webcam les scènes de sexe de son ex grâce à une coupure de courant. S’en suit le combat qu’ils vont tous deux mener pour un roman qu’ils ont écrit à l’identique etc…

Heimska c’est le tableau du voyeurisme exacerbé à l’extrême, un portrait d’une société où tout peut nous échapper. Une plume sarcastique et bien maîtrisée qui nous montre ce que le monde pourrait devenir si nous ne faisons pas plus attention à préserver notre intimité. 

Un roman court qui survole avec cynisme et sarcasme notre société connectée. Personnellement cela me rappelle un des épisodes de Black Mirror où l’on ne vit plus que par notre place dans le monde des réseaux sociaux et le succès que les autres nous vouent. Les gens arrivent à un extrême où, dans leurs cerveaux malades, ils ne peuvent exister s’ils ne sont pas vus de tous… Inquiétant!

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Futur proche, bienvenue dans la surVeillance : les caméras sont partout, impossible de se déconnecter. Au royaume de la transparence, tout ce qui est caché est suspect.
Áki et Lenita viennent de se séparer et se vengent par personnes interposées en se livrant à toutes sortes d’expériences sexuelles sous l’œil attentif des webcams. Tous deux écrivains, ils achèvent chacun leur roman. Un roman unique. Qui fera date.
À Isafjördur, le soleil de minuit commence à pâlir et les mystérieuses coupures d’électricité se multiplient, privant les habitants des joies du voyeurisme ; un groupe d’étudiants en arts squatte une ancienne usine de crevettes en cultivant des projets louches ; les autorités sévissent, pas toujours raisonnables.Dystopie contemporaine, Heimska est une satire vibrante de notre addiction à la vie des autres, de notre obsession de la transparence, de notre vanité sans bornes. Norðdahl passe le monde à la moulinette : l’art, l’amour et la politique sont autant d’illusions narcissiques qu’il convient de déboulonner avec une joie féroce. « Eiríkur Örn Norðdahl n’a peur de rien. » Sophie Joubert, L’Humanité

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ReadList #3/ Joe Meno « le Blues de La Harpie »

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J’ai découvert Le Blues de La Harpie de Joe Meno à sa sortie en France au mois de mars chez Agullo.

Agullo Editions… Je ne connaissais pas vraiment, juste de vue.

La collection est chouette, un graphisme décalé, une thématique variée et marginale qui rentre pile-poil dans le type de littérature qui peut m’attirer.

Pourquoi ne pas tester?  Et bien je n’ai pas été déçue!

Joe Meno est né en 1974 aux États-Unis . Journaliste pour Punk Planet, le New York Times et Chicago Magazine, il fait ses études à Chicago et sera entre autre professeur dans un centre de détention pour mineurs. Il publie son premier roman, Tender as Hellfire, en 1999 et écrira par la suite de nombreux récits, notamment policiers comme ici, ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre. 

Le Blues de la Harpie est son premier roman paru en France.

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« C’est fou ce qu’un homme désespéré serait prêt à faire pour rester sain d’esprit. » Le Blues de La Harpie.

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Agullo Éditions a été créée en 2015 après la rencontre de quatre dingues de culture et de partage: Nadège Agullo, Sébastien Wespiser, Estelle Flory et Sean Habig.

Quoi de mieux pour sélectionner un catalogue riche et original qu’un regroupement d’anciens éditeurs, libraires et graphistes !

« Nos livres s’inscrivent dans un monde où la curiosité et l’appétence de l’autre sont les meilleurs remèdes contre la peur et l’ignorance; où un grain de fantaisie, un point de vue décalé et une dose d’humour sont les ingrédients nécessaires à une bonne lecture. »

Je vous invite à aller jeter un œil à leur site : http://www.agullo-editions.com

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Dans Le Blues de La Harpie, nous voilà sur les pas de Luce Lemay, jeune homme d’une vingtaine d’année, qui vient tout juste de sortir de prison pour une tragique erreur de jeunesse: après un vol idiot dans une boutique de spiritueux pour préparer sa fuite avec la jeune femme dont il était amoureux, Luce, stressé et soûl, ne voit pas une femme et son enfant traverser la route. Il percute le landau et tue le bébé. Cette image surgira à jamais dans ses cauchemars et le suivra toute son existence.

Dans les premières scènes du livre nous suivons Luce lors du trajet en bus qui le ramène de la prison à La Harpie. C’est là que va se poser le principal de l’intrigue, dans ces longues minutes où tout commence, où tout resurgit aussi. Les fantômes du passé, le poids du présent, le fragile espoir en l’avenir. Nous faisons aussi brièvement connaissance avec les protagonistes de l’histoire: Charlène (qu’il croise dans le bus, sœur d’une de ses anciennes petites copines. Elle deviendra sa raison de vivre ) , Junior (qu’il va retrouver, ancien camarade de cellule complètement barré), Clutch Everest (le bon samaritain qui croit en la seconde chance et va lui donner du boulot), El Toreador (l’ancien détenu qui veut sa peau), et bien sûr les villageois de La Harpie qui, il en est sûr, ne vont pas l’accueillir les bras ouverts. Il y a aussi ensuite les locataires de l’hôtel miteux où il va avoir une chambre, anciens détenus, prostituées, rebuts de la société et la tenancière complètement folle qui s’est laissée bouffée par le chagrin.

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Comment Luce va-t’il trouver sa place dans cette étouffante bourgade, accompagné, en plus, d’un comparse brave et gentil mais fou à lier?

Ce jeune homme dévasté, qui redémarre une vie qu’il veut droite et pleine d’expiation va vite se retrouver le cul entre deux chaises entre le désir de garder profil bas et celui de refuser l’injustice et de protéger les siens.

On le trouve sympathique, on le regarde tendrement, on espère que tout ira bien pour lui. Mais bien entendu tout ne va pas bien aller… Rien n’est plus cruel que l’humain et il est très difficile de réussir à survivre au jugement de ceux qui oublient souvent qu’ils n’ont eux même pas une vie exemplaire…

Je n’en dirais pas plus car c’est un roman à lire et non à raconter. On ne peut pas le résumer, et c’est tant mieux!

Joe Meno dénonce ici la difficulté de réussir sa réhabilitation dans le monde extérieur que l’on soit repenti ou pas. Quels que soient les efforts et la conduite tenue la foule accusatrice ne pardonne pas. Criminel un jour, Criminel toujours. Telle pourrait être la devise de La Harpie.

Alors qu’il vient de voler la caisse d’un débit de boisson dans l’espoir de s’enfuir avec sa petite amie, Luce Lemay perd le contrôle de sa voiture et renverse un bébé dans une poussette, le tuant sur le coup. Trois ans plus tard, il sort de prison en liberté conditionnelle et revient dans sa ville natale de La Harpie, Illinois. Un boulot à la station-service l’y attend, où un ami ex-taulard, Junior Breen, homme-enfant géant tourmenté et poète à ses heures, condamné pour avoir tué une fillette alors qu’il avait 15 ans, travaille déjà et l’a recommandé. Tous deux tentent de rester sur le droit chemin de la réinsertion, mais les choses se compliquent quand Luce tombe amoureux de la belle Charlene. Ni les parents de Charlene, ni son ex-fiancé, Earl Pete, ne voient d’un très bon œil la romance naissante entre la jeune femme et le repris de justice. Earl jure de chasser Luce de La Harpie et rallie à sa cause une bonne partie de la ville qui a bien du mal à tirer un trait sur le passé. Peu à peu, le climat devient irrespirable et dangereux pour Luce et Junior. Les deux amis parviendront-ils à échapper à la violence qui semble les poursuivre quoi qu’ils fassent ? La rédemption viendra peut-être de l’amour, seule force lumineuse capable de balayer l’obscurantisme. Portrait saisissant d’une petite ville du Midwest où le dialogue passe plus souvent par les poings que par la parole, ce roman noir et poétique offre une âpre réflexion sur la violence d’un pays qui croit encore à la peine de mort et à l’idée de se faire  » justice  » soi-même.
Joe Meno est lauréat du prestigieux Nelson Algren Literary Award, du Pushcart Prize, du Great Lakes Book Award, et finaliste du Story Prize (prix de la nouvelle).

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ReadList #3 / Irvine Welsh « La vie sexuelle des sœurs siamoises »

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Nouveauté littéraire d’Irvine Welsh sur la fin du mois de mars !

De retour sur la scène d’actu avec le film Trainspotting T2 (sorti le 1er mars en France) et inspiré de son roman Porno, Irvine Welsh n’est plus auteur à présenter .

      Né en 1958 à Leith (Ecosse), Irvine Welsh est issu d’une famille modeste . Il quitte le système scolaire à 16 ans et devient électricien. En 1978 il quitte l’Ecosse pour Londres où il rejoindra le mouvement punk en tant que guitariste et chanteur. On peut le retrouver sur scène avec The Pubic Lices (Les Morpions) ou Stairway 13. Il travaille en parallèle avec la mairie de Londres où il étudie l’informatique.

      Dans les années 80 il devient accroc à l’héroïne, ce qui marquera le début de l’écriture de Trainspotting. Avec l’explosion de la gentrification dans le nord de Londres, Irvine devient agent immobilier. Il décide ensuite de rentrer à Édimbourg et, fort de ses expériences sociales, aiguise son sens critique sur la société. Il reprend ses études et obtient un Master of Business Administration. Il choisit alors comme sujet de thèse l’inégalité hommes/femmes dans le monde du travail.

Il reste en relation intime avec la musique et le cinéma où il oscillera entre DJ, tourneur et producteur. Aujourd’hui installé en Floride, il voyage régulièrement pour développer projets littéraires, musicaux et cinématographique.

La vie sexuelle des sœurs siamoises, paru Au diable Vauvert fin mars (pour la traduction française, 2014 pour la version originale) est son neuvième roman.

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« Je n’aime pas les livres ennuyeux qui dégagent peu de passion. Il doit avoir une dynamique. » Irvine Welsh

     A l’heure où la société tourne de plus en plus autour du culte du corps et de l’image, c’est sur un ton satirique et cynique qu’Irvine Welsh nous présente sa vision exacerbée et piquante de cette nouvelle mode qui peut vite se transformer en descente aux enfers. Il pointe d’un doigt accusateur et sans ménagement une forme d’addiction très actuelle: le rapport au corps dans ses excès.

Nous retrouvons ici sa prose exagératrice et tragico-comique où l’auteur se moque avec fourberie et vulgarité des travers de notre société.

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    Tout commence par un accident, une fusillade sur la route. C’est le début de toute l’histoire:  la rencontre de Lena et Lucy. Deux femmes que tout oppose mais qui sont pourtant les stéréotypes des extrêmes de ce que Welsh veut ici accuser: l’addiction au culte du corps à l’excès et celle, sournoise, à la malbouffe .

Quoi de mieux pour traiter cela que de poser l’intrigue dans la ville de Miami.

Lena est une artiste très douée mais complètement larguée, empêtrée dans une dépression latente qu’elle comble en ingurgitant tout ce qui lui passe sous la main. Plus le temps passe et plus elle se referme sur elle-même. Elle se dégoûte sans pouvoir se dépêtrer de sa situation. Comme si elle se regardait chuter de l’extérieur. Plus elle grossit et moins elle vit, moins elle vit et moins elle arrive à créer et moins elle crée plus elle végète. Nous découvrirons au fil des pages sa personnalité profonde et torturée. Sa rencontre avec Lucy va être un électrochoc.

Lucy, elle, c’est l’inverse. Coach sportive reconnue dans le milieu, elle est obsédée par son poids, le nombre de calories dépensées, son physique et l’image qu’elle donne aux autres. Elle ne brille que dans le regard des gens qu’elle estime. Quand à ceux qu’elle n’estime pas, ils ne méritent que d’être traités comme des chiens. Vulgaire et agressive, elle trouve dans son travail de quoi défouler ses frustrations. C’est donc le portrait d’une femme sadique et méchante qui nous est dressé. Dans sa vie tout est calculé, rien n’est laissé au hasard, même les aventures d’un soir qu’elle collectionne. Tout chez elle est fait pour que personne ne puisse penser qu’elle est une victime. Une véritable obsession. Lorsqu’elle décide de s’occuper de Lena son passé la rattrape.

Dans les deux cas ces femmes deviennent victimes de leur addiction. leur rencontre va provoquer un cataclysme dans chacune de leur vie et les névroses émergent au fil des pages pour se transformer en folie furieuse.

C’est cette histoire là que Welsh nous conte avec brio. Mais attention, ce résumé n’est que le haut de l’iceberg. Il y a aussi des meurtres, des questions existentielles, des choix artistiques, des névroses du passé, des inquiétudes du futur, de l’amour, de la haine et autant de côtés humains sournoisement explorés. Sans compter, bien sûr, la multitude de petites histoires entrelacées dont celle de ces sœurs siamoises dont la médiatisation sur le choix ou non de vivre leurs vies de femmes donne le titre du roman.

Une percutante satire sociale contemporaine!

Lucy, coach de fitness narcissique, méprise les gros, les faibles, les ratés. Or elle va se trouver mise au défi de transformer Léna, le genre de fille qu’elle n’aurait même jamais pensé croiser. Dans une Floride décadente obsédée par le corps, s’engage entre les deux femmes une amitié ambivalente et extrême qui va les métamorphoser.

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ReadList#3/ Tim Murphy « L’immeuble Christodora »

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Ce premier trimestre 2017 nous offre à découvrir L’immeuble Christodora de Tim Murphy paru chez Plon.

Tim Murphy est journaliste pour le New-York Times et New-York Magazine. Il est très concerné par  les questions LGBT, la Culture et la Politique. Dans son premier roman traduit en français cette année et remarqué à parution par le monde littéraire américain, véritable saga sociale à la Tom Wolfe, Tim Murphy nous dresse un portrait plutôt noir de la souffrance et du combat des homosexuels et des femmes, les premiers touchés lors de l’arrivée de cette terrible maladie: le SIDA. Un roman qui nous dresse le portrait d’une société à l’heure où l’ignorance laisse ce fléau mortel s’abattre et décimer de plus en plus de personnes. Où tous voient encore cela comme une punition contre un mode de vie jugé décadent. Les victimes, elles, luttent pour se faire entendre, pour être soignées, pour avoir le droit de vivre.

 Tim Murphy nous livre son vécu, celui de l’intérieur, celui de la réalité. Il était au cœur de cette tourmente ayant une trentaine d’année à l’époque de l’intrigue de sa saga romanesque.

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 » Nous avions 25, 30, 35 ans et nous étions constamment au salon funéraire. Pense un peu à ça : chaque mois, un autre de tes amis, de tes connaissances, qui meurt et que tu dois contempler dans son cercueil. Ce n’est pas étonnant que plusieurs d’entre nous aient vécu leur propre version du stress post-traumatique au tournant des années 2000 », raconte Tim Murphy, 47 ans, au sujet des ravages du VIH/sida.
« C’était impossible de complètement y échapper ! Ce n’est pas comme maintenant, avec toutes ces pilules pour éviter de transmettre l’infection ou pour rester en santé. La maladie était omniprésente, elle me faisait peur, mais je n’en savais rien », poursuit-il en alternant entre l’anglais et un français appris auprès d’un ancien boyfriend from France. » (source: interview de Dominic Tardiff, New-York, Le Devoir libre de penser).

Dans une Amérique ébranlée dans sa liberté par le changement présidentiel, il insiste sur ces années où les droits étaient absents, où certaines communautés étaient parquées, abandonnées, méprisées afin de rappeler haut et fort que moultes combats ont été menés, qu’il en reste encore à poursuivre, et qu’il ne faut surtout pas revenir en arrière et cesser de se battre pour une égalité pour tous.

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«J’ai travaillé très fort pour trouver l’équilibre entre les faits et la fiction. Pour créer des personnages possédant une vie intérieure tout en insérant sur leur parcours ce qui s’est vraiment produit» Tim Murphy

Dans le New-York des années 80 et 90, le SIDA fait rage. Nous assistons aux débuts de la prise de conscience de la maladie à échelle plus vaste que communautaire et aux combats de ceux qui ont rendu cela possible au prix de beaucoup de choses, au prix de leurs vies. Combats des femmes pour être reconnues comme victimes et avoir droit à des traitements, combats des homosexuels pour ne pas être ghettoisé et avoir le droit d’être soignés. Faire réaliser aussi que ce terrible fléau n’a pas de préférences et que les victimes méritent une égalité de traitement.

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L’immeuble Christodora, c’est un récit social, une fiction historique, une étude sociologique dans un New-York de la fin du XXème siècle.

Le quartier où se situe l’immeuble Christodora a longtemps été mal considéré à New-York. Quartier principalement occupé par des immigrés dans un premier temps, il restera pendant des années dans un état de délabrement certain où bourgeois et classe supérieure ne mettront pas un pied. Il deviendra avec le temps un repaire de dealers, squatteurs et clochards.

Au début des années 80 le quartier, très proche du Greenwich Village tant prisé mais aux prix inaccessibles, devient l’un des projets des promoteurs New-yorkais. Le quartier est vidé, les drogués, squatteurs et clochards expulsés. Les immeubles sont rachetés, rénovés et vendus en copropriété. Rebaptisé « East Village », il attire alors artistes et bobos qui créeront un pôle culturel encore existant aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que se construit l’histoire de ce roman.

Jared et Milly, artistes en devenir, s’installent dans l’un des appartements de l’immeuble Christodora, héritage du père de Jared. Ils vivent une vie de bohème, se concentrent sur leur Art, vivent d’amour et d’eau fraîche. Nous sommes encore loin de l’embourgeoisement que verra arriver le quartier. Lorsque Jared et Milly décident d’adopter Mateo, jeune orphelin d’origine portoricaine, leur vie change du tout au tout. Leur voisin, Hector, homosexuel drogué et perturbé, jouera un rôle primordial dans l’intrigue. Ancien militant contre le SIDA, il est intimement mêlé à la vie de Milly via sa relation avec Ava, la mère de Milly, qui elle aussi s’est battue tout au long de sa vie pour aider les malades de ce fléau. Il est aussi lié à la vie de Mateo dont la mère biologique fut à ses côtés dans les premiers rangs de ce combat historique pour se faire entendre, pour avoir le droit de vivre. Lorsque Mateo arrive à l’adolescence une fissure se crée entre lui et ses parents adoptifs. Il se rebelle alors contre la bourgeoise blanche et fuit ce foyer où il n’arrive pas à trouver sa place en se réfugiant dans les paradis artificiels. C’est à ce moment là qu’un rapport malsain né entre lui et Hector, un lien de destruction, une connivence de junkie. Après un éloignement géographique nécessaire qui lui permettra de se sortir de cette dépendance et de mener à bien son chemin artistique, il se met en quête des réponses à ses questions existentielles. C’est dans cette démarche qu’il revient à l’immeuble Christodora et découvre enfin ses origines.

Véritable satire sociale sur trois générations, le roman de Tim Murphy dresse le portrait d’un New-York intimiste et en friche dans une époque fragile et militante. Un style à la fois journalistique et romanesque qui n’est pas sans nous rappeler le « style Wolfe » et qui nous présente avec justesse et humilité l’une des périodes socialement la plus noire de la vie New-yorkaise.

Un roman kaléidoscopique qui retrace la vie d’un certain New York, de l’anarchie des années sida aux hipsters de demain.New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt.
Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent.
Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

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ReadList #3 / Don Carpenter « Un dernier verre dans un bar sans nom »

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Paru en mars 2016 chez Cambourakis pour sa première traduction française, Un dernier verre dans un bar sans nom de Don Carpenter vient de sortir en poche chez 10/18.

Manuscrit inachevé écrit  entre 1993 et 1994, il a été retravaillé par Jonathan Lethem, écrivain et très bon connaisseur du style Carpenter, et a pu ainsi arriver jusqu’à nous.

Né en 1931, Don Carpenter passe les premières années de sa vie en Californie puis s’installe à Portland (Oregon) pour y faire ses études. Il s’engage ensuite dans l’armée de l’air et part pour la Corée. C’est lors d’un voyage à Kyoto qu’il tombe amoureux de la culture japonaise. C’est en 1966 qu’il connaît son premier succès avec Hard Rain Falling (Sale temps pour les braves). A partir de là il se consacrera totalement à l’écriture.

Son entourage se compose de nombreux écrivains marqués Contre-Culture, dont son ami Richard Brautigan, et il côtoie de près les auteurs de la Beat Generation et la scène littéraire de San Francisco. Il travaillera aussi de nombreuses années en tant que scénariste à Hollywood et ces deux thèmes seront souvent repris dans ses ouvrages. Les romans suivants ont cependant beaucoup moins d’impact et son succès restera intimiste. Dans les années 70 il tombe dans l’anonymat et sombre dans l’alcool. Il se suicidera en 1995, dix ans après Brautigan, à la suite d’une grave maladie. Il compte à son actif une dizaine de romans et recueils de nouvelles.

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« Si je pouvais exprimer mes idées sur l’Univers sans passer par la fiction, je le ferais. » D. Carpenter

Avec Un dernier verre dans un bar sans nom, Don Carpenter nous livre un roman semi-autobiographique de qualité dans un style simple et décontracté.

Nous entrons dés les premières pages dans la vie de Charlie Monel et Jaime Froward et la suivrons de leur première rencontre à l’université jusqu’à leur séparation 15 ans après.

Lui, aspirant écrivain  travaille sur son roman de guerre fondé sur son expérience militaire pendant la guerre de Corée où il a été captif pendant plus de six mois. Pressenti comme le prochain Herman Melville avec un « Moby Dick de la guerre », il passera des années à peaufiner son œuvre, à l’extraire de ses tripes, mais sans jamais réussir à le faire publier. Ce sera finalement Hollywood qui lui offrira une chance d’en faire quelque chose.

Jaime, elle, est une jeune étudiante à l’écriture prometteuse. Après quelques années elle se lance enfin et devient une écrivain reconnue.

Tout le roman se construit  autour de la vie de ces deux personnages, de leurs frustrations, de leurs joies, de leurs relations à l’écriture dans sa dimension tant créative que corrosive et bien sûr de leurs rencontres . Apparait alors le personnage de Dick, écrivain nouvelliste qui voit enfin un de ses textes publié dans la revue Playboy mais qui sera vite déçu par son manque de talent manifeste. Celui de Stan Winger, ancien détenu, voleur en activité mais dont le désir secret est d’écrire et qui parviendra à son but. Bien entendu on y trouve aussi les agents littéraires, les éditeurs, les réalisateurs hollywoodiens. Tous les thèmes chers à la plume de Carpenter.

Des petits bouts de lui-même, de ses amis, de ses relations habitent les personnages et leur donnent cette substance si vraie que l’on pourrait s’imaginer au bout d’une table de bar à écouter, à regarder, à partager des vies. Les vies de ces hommes, ces intellectuels de divers horizons, passionnés et rêveurs,  leurs motivations, leurs craintes, leurs désirs, leurs envies d’écrire et de palper ce sentiments envoûtant de gloire qui pointe à leurs portes pour disparaître aussi vite,  les laissant tristes et frustrés.

Je n’en dis pas plus et pourtant il y a de quoi dire! Entre Métaphores et Humanité ce roman est d’une richesse incroyable.

Le mot de l’éditeur:
La vie d’une bande de loosers magnifiques qui rêvent de percer dans le milieu littéraire. Le livre posthume de Don Carpenter, et son meilleur roman.
Lorsqu’il rencontre Jaime sur les bancs de la fac, Charlie en tombe immédiatement amoureux. Elle est bien meilleur écrivain, mais c’est lui qui décroche un prix et ambitionne d’écrire le «Moby Dick de la guerre ». Dans le sillage charismatique du couple, déménagé à Portland, une bande d’écrivains se forme. Au tournant des années 1950-1960, tous rêvent de succéder à une Beat Generation agonisante. De la Californie à l’Oregon, entre succès éphémères et échecs cuisants, ils écument les bars de la côte Ouest et font le deuil de leurs illusions.

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ReadList #3 / Julia Kerninon « Une activité respectable »

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Cette rentrée littéraire hivernale 2017 nous propose Une activité respectable de Julia Kerninon, paru aux Éditions du Rouergue.

Avec Buvard paru il y a trois ans, Julia Kerninon s’inscrivait déjà dans la grande lignée des amoureux du verbe, de l’écriture, de la littérature.

Née de parents instituteurs et férus de bouquins, Julia Kerninon a toujours rêvé de devenir écrivain. Admirative de sa mère, femme d’une culture littéraire exceptionnelle et toxicomane des livres, elle commence très tôt à se plonger dans la lecture.

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« Comme tous les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher – nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout. » ( p 49).

Pour ses 5 ans ses parents lui offrent une machine à écrire. Depuis ce jour toute sa vie se centrera sur ce désir brûlant, ce besoin viscéral d’écrire, de raconter, de créer: elle ne vivra que pour cela, et au diable l’image sociale péjorative de cette passion, c’est tout ce qu’elle souhaite faire, être.

Elle nous livre ici les trente premières années de sa vie dans un récit court, vif et intense. Les mots sont des émotions, les anecdotes des sentiments, le tout virevoltant autour de la seule chose qui la fait vibrer: la littérature.

On peut dire que Julia Kerninon s’est brillamment donné les moyens et qu’elle est devenue ce qu’elle voulait être: un écrivain. La preuve autobiographique que l’écriture est une « activité respectable »! Les amoureux des livres, des mots, des histoires seront conquis par ce roman court, léger, passionné. Un vrai partage d’émotion sous une plume énergique et tendre.

Julia Kerninon publie ces deux premiers livres sous le pseudo Julia Kino (Adieu la Chair en 2007 et Stiletto en 2009) puis prendra son nom de baptême pour Buvard en 2013 et le Dernier amour d’Attila Kiss en 2016.

« Dans ce court récit, Julia Kerninon, pas encore trente ans, façonne sa propre légende. Née de parents fous de lecture et de l’Amérique, elle tapait à la machine à écrire à cinq ans et a toujours voulu être écrivain. Dans une langue vive et imagée, un salut revigorant à la littérature comme « activité respectable ». A dévorer ! Prix Françoise Sagan et prix de la Closerie des Lilas pour ses deux premiers romans. »

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