Texte / M.Watts « La famille Jamones », Part. 2 , 2015.

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La famille Jamones, M.Watts, 2éme partie, 2015.

Ses rêveries sont coupées par le bruit d’un moteur. Sa mère se gare dans le parking. Il descend l’accueillir. Pas de père dans le coin. Il a du s’endormir dans un coin, épuisé par son inactivité.

Maria Mère est en sueur. Le garage est en plein centre de Montpellier et avec les 38° elle avait frôlé l’apoplexie. Non pas que la voiture n’est pas climatisée, c’est l’un des derniers modèles de BMW, toutes options, mais elle n’avait pas le droit de la mettre sur une si courte distance sinon son mari péterait un plomb. Déjà qu’en temps normal elle n’avais pas l’autorisation de la conduire seule. Elle pouvait utiliser le vieil Express de la boîte pour aller faire les courses mais cette voiture là était propriété du maître. La petite Saxo qu’elle avait depuis des années avait fini par lâcher (joint de culasse) et elle devait désormais rendre compte de ses faits et gestes pour avoir des roues, son cher époux ne voyant pas l’intérêt de payer une assurance de plus maintenant que les gamins avaient quitté la maison. La famille Jamones ne manquait pas de moyens mais la définition de « l’utilité » des dépenses étant fixée par le Père, celui qui ramenait le pognon, le confort de « la femme au foyer » n’était pas prioritaire. Ses packs de bières si.

Une fois épongée Maria embrassa son fils. Elle était heureuse de sa visite. Depuis quelques temps son mari partait complètement en vrille. Il n’avait jamais été homme facile mais là l’air était devenu irrespirable. Il lui sortait par les yeux, tant au sens figuré que propre tant elle pouvait pleurer sur sa vie gâchée. Elle était loin de l’existence dont elle avait rêvée. En prenant de l’âge ces moments de lucidité la laissait démunie et désespérée.

Elle n’en voulait pas à sa fille d’avoir bravé toute la famille par Amour. Qu’importe les jugements et le regard des autres, elle, elle avait osé. Maria aurait aimé avoir ce courage lorsque, 30 ans plus tôt, elle avait réalisé que Miguel n’était et ne serait jamais l’homme qu’elle aurait dû épouser, ni même celui qu’elle croyait avoir épousé, dans sa naïveté de jeune fille. Le jour où Madame Jamones Mère avait débarqué pour gérer leurs finances et surveiller l’effet de sa belle-fille sur son fils adoré, elle aurait du fuir à toute jambe sans se retourner Miguel Junior sous le bras.

Aujourd’hui elle n’avait plus le courage ni la force de faire bonne figure. Sa vie était terminée depuis longtemps. Sa seule fierté était sa progéniture, quoiqu’en dise son abruti de mari. Car selon lui ça aussi elle l’avait raté. Il la rendait responsable de tous les maux du monde.

Elle avait essayé d’élever au mieux leurs enfants dans un foyer aimant et sécurisant, mais elle n’était pas dupe. Si les deux étaient aussi instables émotionnellement parlant c’était bien à cause de l’exemple exécrable de son couple. Aujourd’hui elle était si abattue qu’elle avait trouvé refuge dans les paradis artificiels médicamenteux. Plus rien ne lui fait mal maintenant. Ni son horrible mari, ni son abominable belle-famille. La seule chose qui la touchait encore était le regard que ces enfants portaient sur elle, ce regard d’incompréhension, ce regard de pitié parfois qui ne faisait que renforcer l’immense fossé qui s’était creusé entre eux depuis qu’ils avaient atteint l’âge adulte. Elle leva les yeux vers son fils. Il était beau, se dit-elle. Grand brun ténébreux au sourire enjôleur et sensible. Plus jeune c’était ce genre d’homme qui la faisait craquer. Le pauvre enchaînait pourtant les déceptions sentimentales. Son père bien sûr n’était pas étranger à ces fiascos, usant à chaque présentation officielle de sa diplomatie légendaire pour rabaisser son fils et détruire sa vie.

Depuis Isabelle, la dernière en date et son départ précipité de la table familiale, Miguel Junior ne voulait plus entendre parler de vie sentimentale ou autre.

Pourtant, son sentiment maternel lui donnait à penser que quelque chose était en train de se produire et que son fils avançait.

Elle gravit les quelques marches et s’assit à ses côtés, voulant profiter de ce moment de calme pour le questionner. C’est bien sûr à ce moment-là que Miguel Père choisit de sortir de la cuisine : « Te voilà enfin toi. Il t’en a fallu du temps pour un simple aller-retour ». Il posait sur elle son regard suspicieux. Sans même un regard ou un geste il se dirige directement vers la voiture afin de vérifier si son boulet de femme a accompli correctement la misérable tâche qu’il lui avait confiée.

« _ Il y a une trace là ! Mais tu es vraiment trop conne, c’est pas possible ! »

Aucune réaction. Il roumègue dans sa barbe « De toute façon le jour où elle écoutera ce que je lui dit ça se saura…30 ans que j’essaie de me faire entendre dans cette maison…mais non, je suis toujours le vieux con qui a toujours tort… Et bien voilà le résultat, même nettoyer une bagnole dans un automate ils ne savent pas faire…Comme on dit , on est pas mieux servi que par soi-même… ».

A quelques mètres au dessus de lui, Maria et son fils préparent l’apéro sur la table de devant. Ils ne parlent pas. Les dents serrées par les éternelles plaintes de Miguel Père. Elle rentre changer de vêtements, les siens étant encore trempés par la sueur de son trajet, et retrouve avec soulagement le petit flacon qui la libérera l’espace d’un instant.

A peine revenue sur la terrasse elle se fait agresser. Miguel Père est très énervé et, renversant en passant le pot d’olives posé sur la table il saisit les clefs, vociférant contre elle comme un diable sorti de sa boîte : « _ Même ça tu es pas foutue de le faire ! Laver une bagnole bordel mais tu es la personne la plus nulle et la plus inutile du monde !!! Tu ne perds rien pour attendre ! Attends que je revienne tu vas voir ce que tu vas prendre ! Obligé de retourner faire le boulot à ta place ! Minable ! Reste donc avec ton fils débile, vous faîtes la paire tous les deux ! Mais putain qu’est-ce que j’ai pu faire au bon Dieu pour mériter une famille à ce point incapable !! ». Il monte dans la voiture, met la clim à fond et sort du parking dans un vrombissement.

Une fois hors de sa vue Maria respire enfin. Elle va en entendre parler pendant deux ans mais là elle est enfin tranquille pendant quelques minutes. Elle se lève et se rend à la cuisine pour gober un petit cachet de valium, devant le regard désapprobateur de son fils. Elle ne culpabilise pas cette fois, c’est facile pour lui de la regarder comme ça, lui il est parti, elle c’est tous les jours qu’elle subit cette pression. On lui dira qu’elle elle a choisit, mais sincèrement, peut-on vraiment choisir ça ?

Elle chasse ses pensées et sourit : elle va pouvoir avoir quelques instants avec son fils, voilà une bonne chose.

« _ Viens Niño, profitons de cette accalmie pour discuter un peu… ». Il la suit dehors.

Comme s’est agréable d’être ainsi installés autour d’un verre avec le bruit des cigales.

« _ Alors mon Fils, raconte moi un peu ta vie. ». Miguel est sur le point de craquer, de tout confier à sa mère, Sophie, ses questionnements sur son boulot, son ressenti sur sa famille…

Il sait qu’il aura besoin d’une alliée et c’est peut-être le moment. Au pire elle désapprouvera et l’affaire sera close mais au moins il aura essayé. Elle n’était pas encore shootée par ses médicaments et son boulet de père ne ferait pas de remarques. De toute manière qu’elle que soit sa réaction il protégerait son couple de sa famille par tous les moyens possibles. Il avait trop a perdre cette fois et ses priorités avaient changées.

C’est vrai que l’instant était propice. Il lui sourit et commençait à peine sa phrase quand la voiture paternelle se gara. Raté. Il se leva, embrassa sa mère plus tendrement que jamais, prit son sac et congé.

« _Qu’est-ce que tu as encore fait au p’tit pour qu’il se tire comme ça ?! »

C’est les yeux plein de larmes que Maria regarda partir Miguel. Elle savait. Elle savait qu’il ne reviendrait plus. Elle venait de perdre son deuxième enfant pour ne pas avoir su exister face à son mari. C’était le coup fatal. Quelques semaines après elle se « trompa » et avala un cocktail trop fort tandis que son cher époux admirait sa belle piscine et comptait les feuilles flottantes depuis le départ du fils.

-FIN-

Texte / M.Watts « La famille Jamones », Part. 1 , 2015

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La famille Jamones, M.Watts, 1ére partie, 2015

«T’en as encore oublié une, là, dans l’coin.» Il désigne une feuille morte gâchant le bleu intense de sa belle piscine méridionale. Miguel Junior fronce les sourcils et suit des yeux la direction pointée par son père. Il garde pour lui la remarque qui lui brûle les lèvres et fait le tour de la margelle. «_ C’est quand même incroyable çà. Tu es décidément un incapable et l’âge n’y change rien. Aucune méthode. Aucun sérieux ni organisation. A ce rythme on pourra se baigner en hiver. Le jour où j’ai mis ta mère en cloque j’aurais mieux fait de me péter une jambe. »

Déjà 38 ans que Miguel devait supporter les remarques incessantes et cinglantes de son homologue, ce père pour qui il n’avait plus aucun respect. La tradition espagnole veut que père et fils, fille et mère partagent le même prénom. Aussi pouvons-nous trouver dans la famille Jamones 2 Miguel et 2 Maria.

Ce jour-là Miguel Fils, qui avait quitté le domicile familial quelques mois auparavant, était passé fêter sa chère maman et, en bon fils, une fois le repas terminé, avait proposé ses bras pour les tâches dominicales.Pourquoi l’avoir proposé pense-t-il maintenant en écoutant son géniteur critiquer le moindre de ses mouvements.

A chaque fois c’était le même refrain et à chaque fois il regrettait de ne pas avoir sorti une excuse bidon pour s’esquiver après le café. Au pire cela lui aurait valu l’éternelle réplique de son père sur la notion d’obligation filiale etc mais au moins il serait tranquillement posé chez lui à l’heure qu’il est. Au lieu de çà il va passer l’après-midi à subir. Quel idiot.

A peine avait-il posé un pied dans le jardin et attrapé l’épuisette pour nettoyer la piscine que Miguel père avait débarqué et s’était installé sur son trône de jardin. Vêtu d’un short de bain orange fluo qui disparaissait sous ses bourrelets proéminents, il était torse nu, stéréotype ridicule du maffioso sudiste arborant sa grosse chaîne en or. Vautré sur la petite estrade où se situait le banc, il dominait l’espace de toute sa suffisance. Le souverain veillant sur son royaume, le seigneur contrôlant le travail de ses serfs. Sa famille, le temps faisant, avait une aussi piètre opinion de lui que lui avait d’eux depuis toujours.

Malgré cette animosité réciproque, les Jamones s’accrochaient à leurs éducations catholiques et respectaient sous toutes les coutures la valeur de la Famille, ce qui expliquait que jusqu’à maintenant la cellule avait résisté aux différentes tempêtes caractérielles. Au final c’est d’ailleurs la seule valeur qu’ils partageaient. Les autres, honnêteté, respect, amour de son prochain et j’en passe étaient appliquées «  a vista des nas » comme on dit.

L’exemple de Maria Fille, absente ce jour-là, en est une bonne illustration : Après des études bâclées et douloureuses (QI limité oblige), la petite Maria finit par décrocher son diplôme d’esthéticienne. Sa vie sociale était le désert de Gobi (merci à papa et ses règles misogynes) et les rares contacts qu’elle pouvait avoir avec le genre humain se passaient lors de ses vacances en Espagne. Ne sachant pas quoi faire de sa fille, qui commençait à devenir un peu trop insolente à son goût, Mr Jamones prit la décision de l’envoyer vivre là-bas chez l’une de ses tantes.

Pour lui il s’agissait ici d’une forme de punition, un rappel de son autorité incontestable, que de la séparer d’eux, mais pour Maria Fille c’était une vraie bénédiction ! Cet éloignement lui offrait l’opportunité de vie enfin sa vie loin de son pachyderme de père qui lui pourrissait la vie depuis sa naissance. Sa mère ne risquait pas de lui manquer, petite bonne femme muette et victime à qui elle ne voulait surtout pas ressembler.

Se taire et subir n’était pas son truc alors aucune chance de suivre ses traces. Une fois installée en Espagne, comble du malheur et vraie malédiction pour cette petite famille tout en apparence, elle trouva le moyen de tomber amoureuse de…son cousin germain ! Ses parents frisèrent la syncope quand l’idylle fut découverte. Alors autant dire que la l’Esprit Famille dans ce cas-là s’est vite … évaporé !

Mais revenons à notre Miguel Fils, qui portait maintenant sur ses frêles épaules tout le poids des espoirs et attentes paternels. A 38 ans, célibataire, il n’a jamais fini de rédiger son mémoire, sa thèse qui lui aurait permis de valider définitivement son diplôme de pharmacien et d’ouvrir ainsi sa propre officine. Une simple formalité qu’il ne semblait pas avoir envie de mener à son terme. Encore une grande source de déception pour son père « qui lui a tout donné » comme il aime à se plaindre en société. Grande question que de comprendre l’entêtement de son fils unique à tout faire pour le faire souffrir, lui qui a consacré toute sa vie à sa famille et qui ne reçoit que déception et ingratitude en retour.

La responsable de ce fiasco c’est Maria. Voilà ce que c’est de trop couver ses gamins ! Elle a fait de Miguel une vraie tafiole et ne parlons même pas de sa fille qui va lui faire des petits enfants mongoliens. Voilà la descendance Jamones. Tous ces sacrifices pour ça !

Miguel Père crache à côté de son banc pour appuyer sa pensée.

« Elle est toujours là cette putain d’feuille, tu n’l’as vois donc pas gros empoté! Va falloir que je le fasse moi-même ? C’est trop compliqué ?! »

Le soleil commence à tourner et notre gros Miguel décide d’aller se chercher une bière (puisque sa bonne femme est allée laver la voiture salie par les pattes des satanés chats de la voisine il faut tout faire soi-même!). Elle voulait le faire ici la gourde, au prix de l’eau ! Complètement inconsciente celle-là. Encore une chose qui prouve que sans lui tout partirait à volo dans cette baraque ! D’autant plus qu’au garage ( et oui car Miguel père est garagiste de métier) les jetons de lavage sont gratuits. Au pire il les fera passer en douce sur une de ses factures clients. Avant y avait Urgo, un chouette clébard, même s’il aboyait tout le temps. Mais il est mort le con, et depuis ces parasites de chats envahissaient son beau jardin tout net.

Il lève son gros cul et roumègue contre son maillot qui lui colle à la raie à cause de la transpiration. Un coup d’œil à son incapable de fils qui n’a toujours pas fini cette tâche ultra simple et qui va sûrement se choper une insolation comme ça en plein soleil. Tant pis pour lui, il ne va pas le plaindre quand même !

Mais qu’est-ce qu’elle fout la Maria ! Déjà une heure qu’elle est partie ! Elle non plus c’est vraiment pas un cadeau. Il arrive tout suintant à la cuisine, le souffle coupé d’avoir parcouru les 80 mètres qui le séparaient du frigo. J’espère au moins qu’elle a mis les bières au frais !

Miguel Junior pose enfin son épuisette et fixe un instant la trace humide que son père a laissé sur le banc. Pourquoi devrait-il encore subir ces remarques cinglantes et ce regard méprisant ? Après tout il n’avait qu’à sortir une bonne fois pour toute ses quatre vérités à son père et partir sans se retourner. Il en avait assez de subir sans protester en attendant le moment de rentrer. Justine l’attendait en plus. Il fronça les sourcils. Il en avait assez d’être l’esclave de ce gros rustre pédant par je ne sais quel devoir filial.

Justine c’est sa nana. Il l’a rencontré quelques mois plus tôt et avait préféré taire son existence à sa famille histoire de ne pas avoir encore à écouter de pseudo conseils sur comment il devait faire cette fois pour ne pas tout foirer. Il faut dire aussi que vu l’accueil que son «clan» avait réservé aux précédentes, c’était plutôt une bonne idée. Il en est dingue de cette fille. Un vrai coup de foudre partagé. La femme de sa vie il en était sûr. D’où son mutisme familial. D’autant plus qu’elle ne correspondait pas vraiment aux « critères » de Miguel Père. Après le coup de sa petite sœur et leur cousin, il aura encore plus de mal à présenter Justine, superbe noire pas du tout espagnole. C’est ce qu’il craignait le plus, qu’Elle découvre quel horrible raciste pouvait être son futur beau-père. Qu’elle s’éloigne de lui en courant en découvrant l’étroitesse et la bêtise paternel et que, surtout, elle puisse penser même un instant qu’il puisse avoir ne serait-ce qu’un gène actif de cet homme.

Le problème c’est qu’elle commençait à insister pour les rencontrer, ce qui n’arrangeait pas son affaire. Il ne fallait pas non plus qu’elle pense qu’il avait honte d’elle alors que la réalité était complètement inverse. Il avait tellement peur de lui dire la vérité, tellement peur de la perdre. Tellement angoissé aussi qu’elle ne comprenne pas pourquoi lui continuait à les voir. Il avait pensé que ce dimanche de fête serait peut-être propice aux confidences mais une fois encore il avait rêvé. Son père était encore plus imbuvable que d’ordinaire et sa mère encore plus inexistante. L’emménagement consanguin de sa sœur avait achevé le peu de semblant d’esprit de famille qui avait pu subsisté. Miguel Senior, ayant dés l’apéritif décidé que la faute de cette catastrophe revenait entièrement à sa femme, il ne lui adressait la parole que pour lui donner des ordres ou l’insulter. Sa mère, qui se retirait dans un échappatoire médicamenteux depuis des années, était maintenant shootée H24. Miguel Junior n’avait bien sûr pas été épargné, son père ne cessant de notifier quel mauvais exemple il avait été pour sa petite sœur avec son incapacité à se trouver une femme correcte et à, selon ses mots, être enfin un homme.

Si ce type de scène n’avait pas été aussi pathétique, Miguel Fils aurait réagi, mais à quoi bon ? De toute manière il n’y avait lieu à discussion puisque, comme à son habitude, son père ne s’exprimait que par monologues interminables. Il ne connaissait pas d’autre façon de s’exprimer avec son cerveau d’homme des cavernes. Sa vie était honteuse et dissolue ? Soit.

Il n’avait pas connu beaucoup de femme dans sa vie, étant constamment obligé de consacrer son temps libre à sa chère famille. Il n’était pas question de sortir le soir ou de voir des amis le week-end. Son devoir était de faire des études, d’aider au garage et d’entretenir le jardin familial. Le reste n’était que frivolité et son père ne voulait pas en entendre parler. Si il se rebellait c’était torgnole parce que c’était une forme d’irrespect.

Les seuls bons moments qu’il pouvait garder de sa vie ici étaient les quelques jours où, bloqué par ses études, il était chargé de prendre soin de la maison lorsque ses parents et sa sœur partaient en Espagne voir la famille. Là c’était top, la maison était à lui. C’était aussi le seul moment où il voyait les voisins de son âge, qui, au son de la musique, qui annonçait le départ des parents, osaient traverser la rue.

Fin 1ère partie...

Citation / J. Kerouac « Sur la route »

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« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents… Tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles. Vous pouvez les admirer, ou les désapprouver, les glorifier, ou les dénigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils créent, ils inspirent. Ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde, y parviennent. »

– Jack Kerouac, Sur la route, 1951

Vidéo / La fantastique histoire des livres volants

Un petit court métrage bien fait que je ne peux m’empêcher de partager avec vous!

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Pray for France, Pray for the World

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Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

Paul ELUARD

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Texte / Poésie / « La Muse », M.Watts, 2007

MAA122468 Erato, Muse of Poetry, 1870 (w/c on paper) by Poynter, Sir Edward John (1836-1919) watercolour on paper laid down on board 47x33 Private Collection © The Maas Gallery, London, UK English, out of copyrightErato, Muse of Poetry, 1870 (w/c on paper) by Poynter, Sir Edward John (1836-1919) watercolour on paper laid down on board 47×33 Private Collection©

« A la porte de mon esprit
Ma Muse, de ses lèvres dorées me sourit.
Son regard de mille ambres teinté,
Au creux de mon être vient se fixer.
Caressant sa chevelure d’ébène,
Le son cristallin de son rire enfantin,
M’invite à la suivre dans un pays lointain.
La chaleur de sa voix murmure le désir,
La douceur de sa peau invite au plaisir.
Elle m’enveloppe de sa féminité, m’inspire par son audace,
Fait trembler mes sens, séduit mon imagination.
La naissance d’une harmonie au creux des méandres de la Passion.
Ainsi réunies dans un florilège de sensations,
le temps est à l’écriture du chant de la Création. »

Texte / « Consommation », M.Watts, 2013

Je suis un petit logo criard sur le dos d’un tee-shirt.

Symbole d’une société qui part à la dérive, qui ne sait plus où s’accrocher, stimulée par l’image que je lui renvois pour ne pas errer sans buts, au cœur de cette abîme qu’elle creuse elle-même de ses mains. Celle-là même qui se persuade de ne pouvoir vivre sans moi.

Je suis l’emblème de ce qu’il faut, le dealeur de ce qui rend heureux, la chimère de ce qui doit rendre heureux.

Je suis l’allégorie de la possession, le reflet de l’Idéal tant recherché.

Responsable tout désigné de cette décrépitude latente, je déclenche les vices.

Le bouc émissaire tout établi de cette génération perdue qui a besoin d’un chemin, d’un pâturage où s’abandonner pour ne pas tendre à devenir une brebis égarée, ou pire encore, une brebis galeuse rejetée du troupeau.

Je suis celui qui déshumanise, celui qui nourrit la convoitise, qui fait perdre la raison, qui place les priorités. Celui qui rend plus fort, qui donne de l’importance, de la substance.

Le moyen qui intègre, offre le moule, et qui en plus présente ce côté rassurant, cette omniscience divine de pacotille qui remplace ces religions si lointaines et flatte la vanité hypocrite de vos semblables. Je juge, punis, récompense, et mes tables de lois sont accessibles à tous.

Le Dieu Vengeur est Bon n’est là que pour la galerie: maintenant c’est moi qui pose le cadre qui délimite les préceptes de l’Existence humaine.

J’ai fini par prendre une place qui ne m’étais pas destinée, à laquelle je n’aurais osé prétendre mais l’Homme Moderne me l’a offerte sur un plateau et j’aurais été fou de laisser passer cette chance de tous vous dominer.

Cet intérêt m’est monté à la tête et devant cet amas de richesse je suis devenu manipulateur en chef et symbole de réussite.

Sans moi l’homme n’est rien mais à mes côtés il se perd de jour en jour.

J’aspire les valeurs, tranche dans les espoirs, parfois même ai le droit de vie ou de mort. J’aime cette puissance, je la savoure, je l’entretiens.

Je suis un petit logo criard au dos d’un tee-shirt et ma plus grande force n’est pas ce que je suis mais ce que vous avez fait de moi.

Je suis la société d’aujourd’hui et c’est vous tous qui m’avait créé. A votre image.

Cette image d’apparat, cette image de fausseté, cette image de surface.

Car l’homme est devenu ainsi et ne cherche plus à gagner en substance mais juste à paraître profond.

Ne souriez pas, vous êtes tous mes victimes, à des degrés différents c’est certain car je suis aussi la représentation du seul endroit où vous pouvez répondre à vos besoins primaires, mais rares sont ceux qui ne se laissent pas séduire par mon pouvoir.

Ma spécialité est de rendre les besoins secondaires encore plus importants que le reste et de leur donner une place de choix.

Supermarket

Je suis un petit logo criard sur le dos d’un tee-shirt, une enseigne lumineuse sur une façade, une petite griffe sur vos seins ou sur l’élastique de votre boxeur.

Je suis partout et suis signe de richesse.

Plus je m’enrichis et plus vous vous croyez heureux, plus vous croyez me posséder et plus vous pesez dans votre société. Plus vous vous enlisez dans la vase de votre cupidité et plus je ricane vous voyant perdre tout libre arbitre.

Le plus drôle dans l’histoire c’est que mon alliance s’agrandit de jour en jour. J’ai toute l’aide qu’il me faut.

Bientôt vous serez un peu plus esclaves des pulsions que je provoque.

Je vous imagine déjà les yeux exorbités et l’écume au lèvres brûlant d’impatience de ce que je pourrais vous offrir.

Meute de chien errants à qui on tend alternativement un bout de viande avarié et un sournois coup de bâton . Je lâche un peu la laisse et vous vous sentez libres.

L’Homme est faible dès qu’il est isolé et rien n’est plus facile pour nous que de vous diviser.

Nous prônons l’Individualisme car vous êtes ainsi beaucoup plus faciles à manipuler.

Nous injectons les idées au creux de vos cerveaux, manipulateurs entraînés qui vous prête un pouvoir de décision que vous ne possédez plus depuis longtemps.

Nous vous étudions jour après jour, le moindre de vos mouvements, la moindre de vos envies sont décortiqués par nos spécialistes afin de pouvoir répondre au mieux à vos attentes, à vos rêves les plus fous. Vous nous apportez vous-même les réponses, n’est-ce pas jouissif?

Toutes les indications nous sont servies sur un plateau pour nous permettre de remplir un peu plus nos caisses et nous sentir supérieurs, nous moquant, nous délectant de ces petits hommes qui sont devenus nos jouets en nous livrant les plus grandes de leurs faiblesses.

Ce n’est plus l’Art de la guerre, vous n’êtes plus des combattants mais de parfaits petits soldats lobotomisés que nous avons créé.

Quel beau retournement de situation. Vous nous avez créé par confort et innovation pour être au service de vos envies, de vos besoins et vous êtes maintenant et pour longtemps totalement dépendant de nous.

Je suis un petit logo criard au ventre repu. Aujourd’hui je peux vivre sans vous, très longtemps avec tous les bénéfices que vous m’avez fait faire , mais vous, comment feriez-vous sans moi? » MW