ReadList #2 / Régis Jauffret « Cannibales »

img1c1000-9782021309959

Avec Cannibales, paru aux Éditions du Seuil en 2016, Régis Jauffret revient à un genre peu prisé à notre époque et pourtant captivant: le roman épistolaire.

Les habitués des Liaisons dangereuses risquent d’être perturbés, le genre est bien revisité!

Deux femmes dont le seul point commun n’est que le poids de la présence de Geoffrey, fils pour l’une et ex-amant pour l’autre, se retrouvent complices d’échanges secrets et laissent de côté leur politesse.

Elles évacuent des frustrations bien légitimes, frôlent la folie autour de plans machiavéliques visant à torturer puis tuer celui qui pèse tant dans leur existence.

Au fil des lettres les visages changent, les mots sont plus durs, plus fous, plus haineux aussi.On plaint Geoffrey comme on le déteste.

AVT_Regis-Jauffret_8985.jpeg

« Pas de simagrées, l’amour n’est pas la vie, une rupture n’est pas l’agonie.C’est tout au plus un tendre rhume, une fluxion, la foulure d’un sentiment dont se passent fort bien ces ethnies à qui chasse et cueillette ne laissent pas un instant de répit. »

L’effervescence des métaphores, l’apparition maitrisée de la cruauté humaine, ce côté diabolique qui ressort au fil des échanges entre ces deux femmes, sensées, par leur rôle de mère et d’amante, porter le masque de l’indulgence et de l’amour, stimule le lecteur et l’amuse tout en le scandalisant (un peu).

A lire!

« Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey.
Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a donné à son fils le prénom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, mort accidentellement avant son mariage. Noémie est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal tandis que Geoffrey s’efforce sans succès d’oublier cette amante qu’il a adorée.
Un sauvage roman d’amour. »

  Suivez MdlBook sur YouTube !

images

ReadList #2/ « California Girls » Simon Liberati

california-girls-simon-liberati-grasset-e1471382901734.jpeg

Après Eva paru l’an passé, Simon Liberati se penche une fois encore sur le destin torturé de femmes blessées et manipulées pour qui la vie n’a été que souffrance, renonciation et perte de Soi.

California Girls, paru en août 2016 chez Grasset, s’intéresse  à la Famille Manson.

Par la narration de l’un des plus glauques fait divers du siècle dernier, le meurtre gratuit et ignoble de Sharon Tate, ce roman offre une approche quelque peu différente des dizaines d’ouvrages consacré à l’un des plus grands psychopathes de l’histoire contemporaine.

Pourquoi différente? Parce que Manson n’est pas le centre de l’intrigue. Ce n’est pas un énième portrait de lui, mais un regard porté sur son entourage. Sur ces filles qui ont tout renié, tout balancé pour pouvoir être à ses côtés. Ces jeunes femmes désabusées, fragiles, en manque cruel d’attention, d’amour, de reconnaissance. Ces femmes qui n’attendaient plus rien mais qui voulaient tout. De parfaites victimes pour un Manson égocentrique et dérangé, qui pourra, par son charisme et son talent d’orateur les façonner à son image.

Attention, elles ne sont pas pour autant déchargées de leur responsabilités dans les méfaits horribles qu’elles ont été capables d’accomplir pour leur « Charlie » . Même sous l’emprise exagérée de drogues et les grands discours travaillés de leur « Jésus-Christ » elles restent conscientes de leurs actes. Pourtant peu leur importe les conséquences, peu leur importe le sentiment d’empathie, tout ce qui compte c’est son regard à lui.

Elles sont ses jouets, ses chiennes, ses salopes. Il peut les récompenser, les briser, les baiser,  les malmener, les insulter, les frapper. Elles sont à lui, elles ne s’appartiennent plus.

« Depuis tous ces mois passés à faire l’amour ensemble, à tout partager et à vivre au même rythme biologique, ils avaient développé des liens instinctifs, non verbaux, pareils à ceux d’une horde d’animaux sauvages. »

Un superbe portrait de ces femmes prêtes à tout pour leur obscur Sauveur. Une analyse de folie humaine, de la folie meurtrière où la morale n’existe plus, où l’Homme est devenu une bête féroce.

Cet ouvrage dérangeant met un peu plus en exergue la dangerosité de Manson qui rassemble cette petite armée de fantômes et qui, tel un marionnettiste en tire les ficelles les plus coupantes. La naissance d’une « famille » de psychopathes en herbe où la montée de la violence se fait en un battement de cil, en un baiser suivi d’une bonne raclée. On n’y entre mais on n’en ressort jamais.

« En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire.  J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans  défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate. »

Retrouvez MdlBook sur Youtube!

images

ReadList #2 / Vincent Ravalec « Bonbon désespéré »

5349_IMG_2276_HR

Le grand retour de Vincent Ravalec!

Avec Bonbon désespéré, paru en mars 2016 aux Éditions du Rocher, Vincent Ravalec revient sur la scène romanesque.

Un roman plein d’humour sur fond d’intrigue policière où le lecteur suit l’histoire d’Origène, bibliothécaire pseudo-écrivain qui voit peu à peu son roman prendre forme dans la vie réelle. Mais comment en changer l’issue si celle-ci est déjà écrite?

Un bon moment de lecture en perspective teinté de surnaturel, comique et mélange de genres!

« Il y a, dans Bonbon désespéré, des notables qui veulent faire revivre une région, de jolies filles en danger, un gourou portugais, un faux trésor, de vrais méchants, et un héros pour les combattre.
Il y a, surtout, un écrivain qui n’arrive pas à se faire éditer, mais dont les livres décrivent les choses avant qu’elles n’arrivent. Il en est de même de cette terrible histoire : l’écrivain assiste aux événements dont il connaît par avance le déroulement et se demande s’il doit intervenir, et si oui, comment ? Car on ne peut changer ce qui est écrit… Sauf qu’on se demande si le lecteur n’a pas son mot à dire dans le déroulement de l’histoire.
Cela se passe dans un trou paumé où, sur la place de l’église, trône un gigantesque bonbon.
Polar trépidant avec une pointe de fantastique, roman d’aventures où les destinées banales acquièrent une épaisseur tragi-comique, Bonbon désespéré s’avale comme une sucrerie délicieusement acidulée.
Écrivain et cinéaste, Vincent Ravalec a publié treize romans et huit recueils de nouvelles, parmi lesquels Cantique de la racaille et Un pur moment de rock’n roll, couronnés de plusieurs récompenses dont le prix de Flore, le prix des Bouquinistes et le prix Auchan. »

Suivez MdlBook sur Youtube!

ReadList les Indispensables #2 / Henri Bauchau « Oedipe sur la route »

130703553226

Pour les amateurs de mythologie grecque, Oedipe sur la route d’Henri Bauchau est un récit incontournable.

Paru chez Actes Sud en 1990, il retrace le périple d’Oedipe lors qu’il fut chassé de Thèbes. Suivi par sa fille Antigone et son fidèle Clios (personnage fabriqué de toute pièce par Bauchau), il erre et devient un chantre, un sculpteur, un symbole initiatique qui révèle l’être profond de ceux qu’il croise.

« La Vague, c’est la folie d’Œdipe, c’est la mienne. J’ai pu la faire monter, il faut qu’elle retombe dans la mer. Je n’y arriverai pas, je ne pourrai pas la retenir, tu comprends ? Elle va déferler sur le cap et nous submergera tous. – Mais la vague est en pierre, Clios. – Ne crois pas cela, Antigone, la vague est en délire. Rien qu’en délire.  » Œdipe, le roi maudit chassé de Thèbes, s’avance aveugle et trébuchant sur la route mystérieuse qui l’appelle et le conduira, avec le soutien de la courageuse Antigone et du farouche Clios, vers la sérénité et la clairvoyance. Une errance où les obstacles endurcissent, créent les métamorphoses. Une épreuve initiatique où le chant, la danse et la musique permettent le dépassement de soi, où le rêvé est porteur de signes. Une éblouissante relecture d’un mythe fondateur, qui trouve ici une nouvelle façon de nous parler du destin et de la force des passions. »

Œdipe, celui qui -jouet des dieux – a tué son père et épousé sa mère, quitte Thèbes aveugle et accablé par le poids de sa faute. Avec sa fille Antigone, il s’engage dans une longue errance qui le conduira à Colone, lieu de sa  » disparition « … et de la clairvoyance.Car ce livre est un voyage intérieur dans lequel un homme affronte les ténèbres qu’il porte en lui, jusqu’à atteindre la connaissance de soi.Dans cette quête, Henry Bauchau convoque tour à tour le chant, la danse, le rêve et le délire comme moyens de libération de son héros… Et c’est par la sculpture, au flanc d’une falaise, d’une vague gigantesque, symbole des épreuves déjà franchies ou encore à franchir, que ce délire trouve son expression la plus achevée et la plus visionnaire.Œdipe sur la route, roman d’aventures, roman initiatique, est avant tout une somptueuse interrogation sur l’individu et son destin.

Suivez MdlBook sur Youtube!

images

ReadList #1 / Simon Liberati « Eva »

eva-641324

Avec Jayne Mansfield 1967 (prix Femina 2011), Simon Liberati avait décrit avec art et doigté l’itinéraire chaotique de cette jeune femme où l’ascension vers la gloire fut tragique. Son grand retour avec l’histoire d’ Eva Ionesco, qui plus est femme de sa vie, ne déroge pas à la règle!

Avec Eva paru chez Stock en 2015, Simon Liberati nous offre un superbe portrait de cette jeune fille jetée malgré elle en pâture au monde de l’art par une mère égocentrique et folle dés son plus jeune âge.

Un des bijoux de cette rentrée littéraire!

Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».
Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de aparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.
C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.
Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.

Suivez MdlBook sur Youtube!

youtube30 (1)