Books/ ReadList#3 L’Intégrale !

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Retrouvez-ici l’intégralité de la ReadList#3 !

photo Marie-Ève LACASSE, Peggy dans les phares, Éd. Flammarion, 2017.004508470

« Pour nous aimer, Françoise, il nous a fallu monter un rempart contre le monde, dans un grand silence où règne un équilibre d’amour. Ce que je dissous dans l’alcool, la nuit et toi me donnent la pleine conscience d’une richesse qui m’était jusqu’alors inimaginable. »

julia-kerninon Julia KERNINON Une activité respectable, Éd. du Rouergue, 2017.    9782812612039

« Comme tous les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher – nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout. »

images Don CARPENTER Un dernier verre dans un bar sans nom, 10/18, 2017004653663.jpg

« Le Jolly Joan était ouvert toute la nuit, une grande salle pleine d’oiseaux de nuit et d’insomniaques, l’un des rades où Stan avait l’habitude de traîner quand il était à la rue. Les habitués se connaissaient tous plus ou moins, ne serait-ce que de vue, et, un soir, Stan et Marty avaient discuté jusqu’à quatre
heures du matin, assis côte à côte au long bar. »

AVT_Tim-Murphy_6898 Tim MURPHY L’immeuble Christodora, Éd. Plon, 2017index

«J’ai travaillé très fort pour trouver l’équilibre entre les faits et la fiction. Pour créer des personnages possédant une vie intérieure tout en insérant sur leur parcours ce qui s’est vraiment produit» Tim Murphy

téléchargement Irvine WELSH La vie sexuelle des soeurs siamoises, Diable Vauvert, 2017téléchargement

« C’est cette merde qui est en train de foutre votre vie en l’air, et c’est ce
qui finira par vous tuer, bordel de merde! Mes mots ont réussi à transpercer sa couche de graisse pour se planter au plus profond d’elle. Je peux voir ses plaies personnelles béantes, saigner sous mes yeux. »

joe-meno.jpg Joe MENO Le Blues de La Harpie , Éditions Agullo, 2017  Le-Blues-de-la-harpie

« Pas moi. Moi, je me retrouvais coincé, comme je l’avais toujours été – en taule ou au taf, ça ne changeait pas grand chose. A regarder le monde entier faire le plein puis s’en aller, un type pouvait à la longue éprouver une affreuse sensation d’enfermement, une solitude terrible, si vous voyez ce que je veux dire. »

Eiríkur-Örn-Norðdahl-©-Philippe-Matsas1.jpg Eirikur ÖRN NORDDAHL Heimsla, la stupidité, Éditions Métailié, 2017   heimska.jpg

« Avant de l’épouser, Áki avait prévenu Lenita que, si elle le trompait, il ne se gênerait pas pour lui rendre la monnaie de sa pièce. Je sortirai et je coucherai avec quelqu’un d’autre, avait-il menacé. N’importe qui, avait-il répété en voyant qu’elle ne répondait pas. »

 

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ReadList #3/ Joe Meno « le Blues de La Harpie »

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J’ai découvert Le Blues de La Harpie de Joe Meno à sa sortie en France au mois de mars chez Agullo.

Agullo Editions… Je ne connaissais pas vraiment, juste de vue.

La collection est chouette, un graphisme décalé, une thématique variée et marginale qui rentre pile-poil dans le type de littérature qui peut m’attirer.

Pourquoi ne pas tester?  Et bien je n’ai pas été déçue!

Joe Meno est né en 1974 aux États-Unis . Journaliste pour Punk Planet, le New York Times et Chicago Magazine, il fait ses études à Chicago et sera entre autre professeur dans un centre de détention pour mineurs. Il publie son premier roman, Tender as Hellfire, en 1999 et écrira par la suite de nombreux récits, notamment policiers comme ici, ainsi que des nouvelles et des pièces de théâtre. 

Le Blues de la Harpie est son premier roman paru en France.

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« C’est fou ce qu’un homme désespéré serait prêt à faire pour rester sain d’esprit. » Le Blues de La Harpie.

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Agullo Éditions a été créée en 2015 après la rencontre de quatre dingues de culture et de partage: Nadège Agullo, Sébastien Wespiser, Estelle Flory et Sean Habig.

Quoi de mieux pour sélectionner un catalogue riche et original qu’un regroupement d’anciens éditeurs, libraires et graphistes !

« Nos livres s’inscrivent dans un monde où la curiosité et l’appétence de l’autre sont les meilleurs remèdes contre la peur et l’ignorance; où un grain de fantaisie, un point de vue décalé et une dose d’humour sont les ingrédients nécessaires à une bonne lecture. »

Je vous invite à aller jeter un œil à leur site : http://www.agullo-editions.com

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Dans Le Blues de La Harpie, nous voilà sur les pas de Luce Lemay, jeune homme d’une vingtaine d’année, qui vient tout juste de sortir de prison pour une tragique erreur de jeunesse: après un vol idiot dans une boutique de spiritueux pour préparer sa fuite avec la jeune femme dont il était amoureux, Luce, stressé et soûl, ne voit pas une femme et son enfant traverser la route. Il percute le landau et tue le bébé. Cette image surgira à jamais dans ses cauchemars et le suivra toute son existence.

Dans les premières scènes du livre nous suivons Luce lors du trajet en bus qui le ramène de la prison à La Harpie. C’est là que va se poser le principal de l’intrigue, dans ces longues minutes où tout commence, où tout resurgit aussi. Les fantômes du passé, le poids du présent, le fragile espoir en l’avenir. Nous faisons aussi brièvement connaissance avec les protagonistes de l’histoire: Charlène (qu’il croise dans le bus, sœur d’une de ses anciennes petites copines. Elle deviendra sa raison de vivre ) , Junior (qu’il va retrouver, ancien camarade de cellule complètement barré), Clutch Everest (le bon samaritain qui croit en la seconde chance et va lui donner du boulot), El Toreador (l’ancien détenu qui veut sa peau), et bien sûr les villageois de La Harpie qui, il en est sûr, ne vont pas l’accueillir les bras ouverts. Il y a aussi ensuite les locataires de l’hôtel miteux où il va avoir une chambre, anciens détenus, prostituées, rebuts de la société et la tenancière complètement folle qui s’est laissée bouffée par le chagrin.

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Comment Luce va-t’il trouver sa place dans cette étouffante bourgade, accompagné, en plus, d’un comparse brave et gentil mais fou à lier?

Ce jeune homme dévasté, qui redémarre une vie qu’il veut droite et pleine d’expiation va vite se retrouver le cul entre deux chaises entre le désir de garder profil bas et celui de refuser l’injustice et de protéger les siens.

On le trouve sympathique, on le regarde tendrement, on espère que tout ira bien pour lui. Mais bien entendu tout ne va pas bien aller… Rien n’est plus cruel que l’humain et il est très difficile de réussir à survivre au jugement de ceux qui oublient souvent qu’ils n’ont eux même pas une vie exemplaire…

Je n’en dirais pas plus car c’est un roman à lire et non à raconter. On ne peut pas le résumer, et c’est tant mieux!

Joe Meno dénonce ici la difficulté de réussir sa réhabilitation dans le monde extérieur que l’on soit repenti ou pas. Quels que soient les efforts et la conduite tenue la foule accusatrice ne pardonne pas. Criminel un jour, Criminel toujours. Telle pourrait être la devise de La Harpie.

Alors qu’il vient de voler la caisse d’un débit de boisson dans l’espoir de s’enfuir avec sa petite amie, Luce Lemay perd le contrôle de sa voiture et renverse un bébé dans une poussette, le tuant sur le coup. Trois ans plus tard, il sort de prison en liberté conditionnelle et revient dans sa ville natale de La Harpie, Illinois. Un boulot à la station-service l’y attend, où un ami ex-taulard, Junior Breen, homme-enfant géant tourmenté et poète à ses heures, condamné pour avoir tué une fillette alors qu’il avait 15 ans, travaille déjà et l’a recommandé. Tous deux tentent de rester sur le droit chemin de la réinsertion, mais les choses se compliquent quand Luce tombe amoureux de la belle Charlene. Ni les parents de Charlene, ni son ex-fiancé, Earl Pete, ne voient d’un très bon œil la romance naissante entre la jeune femme et le repris de justice. Earl jure de chasser Luce de La Harpie et rallie à sa cause une bonne partie de la ville qui a bien du mal à tirer un trait sur le passé. Peu à peu, le climat devient irrespirable et dangereux pour Luce et Junior. Les deux amis parviendront-ils à échapper à la violence qui semble les poursuivre quoi qu’ils fassent ? La rédemption viendra peut-être de l’amour, seule force lumineuse capable de balayer l’obscurantisme. Portrait saisissant d’une petite ville du Midwest où le dialogue passe plus souvent par les poings que par la parole, ce roman noir et poétique offre une âpre réflexion sur la violence d’un pays qui croit encore à la peine de mort et à l’idée de se faire  » justice  » soi-même.
Joe Meno est lauréat du prestigieux Nelson Algren Literary Award, du Pushcart Prize, du Great Lakes Book Award, et finaliste du Story Prize (prix de la nouvelle).

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ReadList#3/ Tim Murphy « L’immeuble Christodora »

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Ce premier trimestre 2017 nous offre à découvrir L’immeuble Christodora de Tim Murphy paru chez Plon.

Tim Murphy est journaliste pour le New-York Times et New-York Magazine. Il est très concerné par  les questions LGBT, la Culture et la Politique. Dans son premier roman traduit en français cette année et remarqué à parution par le monde littéraire américain, véritable saga sociale à la Tom Wolfe, Tim Murphy nous dresse un portrait plutôt noir de la souffrance et du combat des homosexuels et des femmes, les premiers touchés lors de l’arrivée de cette terrible maladie: le SIDA. Un roman qui nous dresse le portrait d’une société à l’heure où l’ignorance laisse ce fléau mortel s’abattre et décimer de plus en plus de personnes. Où tous voient encore cela comme une punition contre un mode de vie jugé décadent. Les victimes, elles, luttent pour se faire entendre, pour être soignées, pour avoir le droit de vivre.

 Tim Murphy nous livre son vécu, celui de l’intérieur, celui de la réalité. Il était au cœur de cette tourmente ayant une trentaine d’année à l’époque de l’intrigue de sa saga romanesque.

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 » Nous avions 25, 30, 35 ans et nous étions constamment au salon funéraire. Pense un peu à ça : chaque mois, un autre de tes amis, de tes connaissances, qui meurt et que tu dois contempler dans son cercueil. Ce n’est pas étonnant que plusieurs d’entre nous aient vécu leur propre version du stress post-traumatique au tournant des années 2000 », raconte Tim Murphy, 47 ans, au sujet des ravages du VIH/sida.
« C’était impossible de complètement y échapper ! Ce n’est pas comme maintenant, avec toutes ces pilules pour éviter de transmettre l’infection ou pour rester en santé. La maladie était omniprésente, elle me faisait peur, mais je n’en savais rien », poursuit-il en alternant entre l’anglais et un français appris auprès d’un ancien boyfriend from France. » (source: interview de Dominic Tardiff, New-York, Le Devoir libre de penser).

Dans une Amérique ébranlée dans sa liberté par le changement présidentiel, il insiste sur ces années où les droits étaient absents, où certaines communautés étaient parquées, abandonnées, méprisées afin de rappeler haut et fort que moultes combats ont été menés, qu’il en reste encore à poursuivre, et qu’il ne faut surtout pas revenir en arrière et cesser de se battre pour une égalité pour tous.

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«J’ai travaillé très fort pour trouver l’équilibre entre les faits et la fiction. Pour créer des personnages possédant une vie intérieure tout en insérant sur leur parcours ce qui s’est vraiment produit» Tim Murphy

Dans le New-York des années 80 et 90, le SIDA fait rage. Nous assistons aux débuts de la prise de conscience de la maladie à échelle plus vaste que communautaire et aux combats de ceux qui ont rendu cela possible au prix de beaucoup de choses, au prix de leurs vies. Combats des femmes pour être reconnues comme victimes et avoir droit à des traitements, combats des homosexuels pour ne pas être ghettoisé et avoir le droit d’être soignés. Faire réaliser aussi que ce terrible fléau n’a pas de préférences et que les victimes méritent une égalité de traitement.

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L’immeuble Christodora, c’est un récit social, une fiction historique, une étude sociologique dans un New-York de la fin du XXème siècle.

Le quartier où se situe l’immeuble Christodora a longtemps été mal considéré à New-York. Quartier principalement occupé par des immigrés dans un premier temps, il restera pendant des années dans un état de délabrement certain où bourgeois et classe supérieure ne mettront pas un pied. Il deviendra avec le temps un repaire de dealers, squatteurs et clochards.

Au début des années 80 le quartier, très proche du Greenwich Village tant prisé mais aux prix inaccessibles, devient l’un des projets des promoteurs New-yorkais. Le quartier est vidé, les drogués, squatteurs et clochards expulsés. Les immeubles sont rachetés, rénovés et vendus en copropriété. Rebaptisé « East Village », il attire alors artistes et bobos qui créeront un pôle culturel encore existant aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que se construit l’histoire de ce roman.

Jared et Milly, artistes en devenir, s’installent dans l’un des appartements de l’immeuble Christodora, héritage du père de Jared. Ils vivent une vie de bohème, se concentrent sur leur Art, vivent d’amour et d’eau fraîche. Nous sommes encore loin de l’embourgeoisement que verra arriver le quartier. Lorsque Jared et Milly décident d’adopter Mateo, jeune orphelin d’origine portoricaine, leur vie change du tout au tout. Leur voisin, Hector, homosexuel drogué et perturbé, jouera un rôle primordial dans l’intrigue. Ancien militant contre le SIDA, il est intimement mêlé à la vie de Milly via sa relation avec Ava, la mère de Milly, qui elle aussi s’est battue tout au long de sa vie pour aider les malades de ce fléau. Il est aussi lié à la vie de Mateo dont la mère biologique fut à ses côtés dans les premiers rangs de ce combat historique pour se faire entendre, pour avoir le droit de vivre. Lorsque Mateo arrive à l’adolescence une fissure se crée entre lui et ses parents adoptifs. Il se rebelle alors contre la bourgeoise blanche et fuit ce foyer où il n’arrive pas à trouver sa place en se réfugiant dans les paradis artificiels. C’est à ce moment là qu’un rapport malsain né entre lui et Hector, un lien de destruction, une connivence de junkie. Après un éloignement géographique nécessaire qui lui permettra de se sortir de cette dépendance et de mener à bien son chemin artistique, il se met en quête des réponses à ses questions existentielles. C’est dans cette démarche qu’il revient à l’immeuble Christodora et découvre enfin ses origines.

Véritable satire sociale sur trois générations, le roman de Tim Murphy dresse le portrait d’un New-York intimiste et en friche dans une époque fragile et militante. Un style à la fois journalistique et romanesque qui n’est pas sans nous rappeler le « style Wolfe » et qui nous présente avec justesse et humilité l’une des périodes socialement la plus noire de la vie New-yorkaise.

Un roman kaléidoscopique qui retrace la vie d’un certain New York, de l’anarchie des années sida aux hipsters de demain.New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt.
Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent.
Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

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ReadList #3 / Don Carpenter « Un dernier verre dans un bar sans nom »

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Paru en mars 2016 chez Cambourakis pour sa première traduction française, Un dernier verre dans un bar sans nom de Don Carpenter vient de sortir en poche chez 10/18.

Manuscrit inachevé écrit  entre 1993 et 1994, il a été retravaillé par Jonathan Lethem, écrivain et très bon connaisseur du style Carpenter, et a pu ainsi arriver jusqu’à nous.

Né en 1931, Don Carpenter passe les premières années de sa vie en Californie puis s’installe à Portland (Oregon) pour y faire ses études. Il s’engage ensuite dans l’armée de l’air et part pour la Corée. C’est lors d’un voyage à Kyoto qu’il tombe amoureux de la culture japonaise. C’est en 1966 qu’il connaît son premier succès avec Hard Rain Falling (Sale temps pour les braves). A partir de là il se consacrera totalement à l’écriture.

Son entourage se compose de nombreux écrivains marqués Contre-Culture, dont son ami Richard Brautigan, et il côtoie de près les auteurs de la Beat Generation et la scène littéraire de San Francisco. Il travaillera aussi de nombreuses années en tant que scénariste à Hollywood et ces deux thèmes seront souvent repris dans ses ouvrages. Les romans suivants ont cependant beaucoup moins d’impact et son succès restera intimiste. Dans les années 70 il tombe dans l’anonymat et sombre dans l’alcool. Il se suicidera en 1995, dix ans après Brautigan, à la suite d’une grave maladie. Il compte à son actif une dizaine de romans et recueils de nouvelles.

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« Si je pouvais exprimer mes idées sur l’Univers sans passer par la fiction, je le ferais. » D. Carpenter

Avec Un dernier verre dans un bar sans nom, Don Carpenter nous livre un roman semi-autobiographique de qualité dans un style simple et décontracté.

Nous entrons dés les premières pages dans la vie de Charlie Monel et Jaime Froward et la suivrons de leur première rencontre à l’université jusqu’à leur séparation 15 ans après.

Lui, aspirant écrivain  travaille sur son roman de guerre fondé sur son expérience militaire pendant la guerre de Corée où il a été captif pendant plus de six mois. Pressenti comme le prochain Herman Melville avec un « Moby Dick de la guerre », il passera des années à peaufiner son œuvre, à l’extraire de ses tripes, mais sans jamais réussir à le faire publier. Ce sera finalement Hollywood qui lui offrira une chance d’en faire quelque chose.

Jaime, elle, est une jeune étudiante à l’écriture prometteuse. Après quelques années elle se lance enfin et devient une écrivain reconnue.

Tout le roman se construit  autour de la vie de ces deux personnages, de leurs frustrations, de leurs joies, de leurs relations à l’écriture dans sa dimension tant créative que corrosive et bien sûr de leurs rencontres . Apparait alors le personnage de Dick, écrivain nouvelliste qui voit enfin un de ses textes publié dans la revue Playboy mais qui sera vite déçu par son manque de talent manifeste. Celui de Stan Winger, ancien détenu, voleur en activité mais dont le désir secret est d’écrire et qui parviendra à son but. Bien entendu on y trouve aussi les agents littéraires, les éditeurs, les réalisateurs hollywoodiens. Tous les thèmes chers à la plume de Carpenter.

Des petits bouts de lui-même, de ses amis, de ses relations habitent les personnages et leur donnent cette substance si vraie que l’on pourrait s’imaginer au bout d’une table de bar à écouter, à regarder, à partager des vies. Les vies de ces hommes, ces intellectuels de divers horizons, passionnés et rêveurs,  leurs motivations, leurs craintes, leurs désirs, leurs envies d’écrire et de palper ce sentiments envoûtant de gloire qui pointe à leurs portes pour disparaître aussi vite,  les laissant tristes et frustrés.

Je n’en dis pas plus et pourtant il y a de quoi dire! Entre Métaphores et Humanité ce roman est d’une richesse incroyable.

Le mot de l’éditeur:
La vie d’une bande de loosers magnifiques qui rêvent de percer dans le milieu littéraire. Le livre posthume de Don Carpenter, et son meilleur roman.
Lorsqu’il rencontre Jaime sur les bancs de la fac, Charlie en tombe immédiatement amoureux. Elle est bien meilleur écrivain, mais c’est lui qui décroche un prix et ambitionne d’écrire le «Moby Dick de la guerre ». Dans le sillage charismatique du couple, déménagé à Portland, une bande d’écrivains se forme. Au tournant des années 1950-1960, tous rêvent de succéder à une Beat Generation agonisante. De la Californie à l’Oregon, entre succès éphémères et échecs cuisants, ils écument les bars de la côte Ouest et font le deuil de leurs illusions.

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ReadList #3 / Julia Kerninon « Une activité respectable »

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Cette rentrée littéraire hivernale 2017 nous propose Une activité respectable de Julia Kerninon, paru aux Éditions du Rouergue.

Avec Buvard paru il y a trois ans, Julia Kerninon s’inscrivait déjà dans la grande lignée des amoureux du verbe, de l’écriture, de la littérature.

Née de parents instituteurs et férus de bouquins, Julia Kerninon a toujours rêvé de devenir écrivain. Admirative de sa mère, femme d’une culture littéraire exceptionnelle et toxicomane des livres, elle commence très tôt à se plonger dans la lecture.

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« Comme tous les livres nous mènent à d’autres livres, ils nous font ricocher – nous lisons comme Dante se laissant guider par Virgile dans la forêt sauvage du pêché. Dans les bibliothèques, dans les librairies, les voir tous côte-à-côte, si nets, comme des compartiments dans un columbarium, chacun renfermant une voix, une aria, je ne connais rien de mieux. Je reviens toujours là. C’est tout. » ( p 49).

Pour ses 5 ans ses parents lui offrent une machine à écrire. Depuis ce jour toute sa vie se centrera sur ce désir brûlant, ce besoin viscéral d’écrire, de raconter, de créer: elle ne vivra que pour cela, et au diable l’image sociale péjorative de cette passion, c’est tout ce qu’elle souhaite faire, être.

Elle nous livre ici les trente premières années de sa vie dans un récit court, vif et intense. Les mots sont des émotions, les anecdotes des sentiments, le tout virevoltant autour de la seule chose qui la fait vibrer: la littérature.

On peut dire que Julia Kerninon s’est brillamment donné les moyens et qu’elle est devenue ce qu’elle voulait être: un écrivain. La preuve autobiographique que l’écriture est une « activité respectable »! Les amoureux des livres, des mots, des histoires seront conquis par ce roman court, léger, passionné. Un vrai partage d’émotion sous une plume énergique et tendre.

Julia Kerninon publie ces deux premiers livres sous le pseudo Julia Kino (Adieu la Chair en 2007 et Stiletto en 2009) puis prendra son nom de baptême pour Buvard en 2013 et le Dernier amour d’Attila Kiss en 2016.

« Dans ce court récit, Julia Kerninon, pas encore trente ans, façonne sa propre légende. Née de parents fous de lecture et de l’Amérique, elle tapait à la machine à écrire à cinq ans et a toujours voulu être écrivain. Dans une langue vive et imagée, un salut revigorant à la littérature comme « activité respectable ». A dévorer ! Prix Françoise Sagan et prix de la Closerie des Lilas pour ses deux premiers romans. »

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Musique / PlayList#2

Retrouvez ici tous les morceaux utilisés dans la ReadList #2 !

  1. > THE CURE   » A forest »
  2. > KASABIAN « Seek and Destroy »
  3. > GIRLS IN HAWAI « Organeum »
  4. > FINK « Looking too closely »
  5. > LIARS « Mess on a mission »
  6. > THE DOORS « Roadhouse Blues »
  7. >FUJIGA AND MIYAGI « Sixteen Shades of Black And Blue »

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ReadList #2 : L’Intégrale !

Fin de la  ReadList#2 !

Quelques titres qui ont marqué mon année 2016 et qui ont le mérite d’être bien écrits et peu communs  😉

Les journées ne sont pas assez longues pour  pouvoir tout partager et des choix s’imposent (dur, dur).

Des bouquins à apprécier ou à détester, au goût de chacun !

Vous pouvez retrouver l‘intégralité de la ReadList #2 ici:

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ReadList #2 / Régis Jauffret « Cannibales »

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Avec Cannibales, paru aux Éditions du Seuil en 2016, Régis Jauffret revient à un genre peu prisé à notre époque et pourtant captivant: le roman épistolaire.

Les habitués des Liaisons dangereuses risquent d’être perturbés, le genre est bien revisité!

Deux femmes dont le seul point commun n’est que le poids de la présence de Geoffrey, fils pour l’une et ex-amant pour l’autre, se retrouvent complices d’échanges secrets et laissent de côté leur politesse.

Elles évacuent des frustrations bien légitimes, frôlent la folie autour de plans machiavéliques visant à torturer puis tuer celui qui pèse tant dans leur existence.

Au fil des lettres les visages changent, les mots sont plus durs, plus fous, plus haineux aussi.On plaint Geoffrey comme on le déteste.

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« Pas de simagrées, l’amour n’est pas la vie, une rupture n’est pas l’agonie.C’est tout au plus un tendre rhume, une fluxion, la foulure d’un sentiment dont se passent fort bien ces ethnies à qui chasse et cueillette ne laissent pas un instant de répit. »

L’effervescence des métaphores, l’apparition maitrisée de la cruauté humaine, ce côté diabolique qui ressort au fil des échanges entre ces deux femmes, sensées, par leur rôle de mère et d’amante, porter le masque de l’indulgence et de l’amour, stimule le lecteur et l’amuse tout en le scandalisant (un peu).

A lire!

« Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey.
Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a donné à son fils le prénom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, mort accidentellement avant son mariage. Noémie est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal tandis que Geoffrey s’efforce sans succès d’oublier cette amante qu’il a adorée.
Un sauvage roman d’amour. »

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ReadList #2/ « California Girls » Simon Liberati

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Après Eva paru l’an passé, Simon Liberati se penche une fois encore sur le destin torturé de femmes blessées et manipulées pour qui la vie n’a été que souffrance, renonciation et perte de Soi.

California Girls, paru en août 2016 chez Grasset, s’intéresse  à la Famille Manson.

Par la narration de l’un des plus glauques fait divers du siècle dernier, le meurtre gratuit et ignoble de Sharon Tate, ce roman offre une approche quelque peu différente des dizaines d’ouvrages consacré à l’un des plus grands psychopathes de l’histoire contemporaine.

Pourquoi différente? Parce que Manson n’est pas le centre de l’intrigue. Ce n’est pas un énième portrait de lui, mais un regard porté sur son entourage. Sur ces filles qui ont tout renié, tout balancé pour pouvoir être à ses côtés. Ces jeunes femmes désabusées, fragiles, en manque cruel d’attention, d’amour, de reconnaissance. Ces femmes qui n’attendaient plus rien mais qui voulaient tout. De parfaites victimes pour un Manson égocentrique et dérangé, qui pourra, par son charisme et son talent d’orateur les façonner à son image.

Attention, elles ne sont pas pour autant déchargées de leur responsabilités dans les méfaits horribles qu’elles ont été capables d’accomplir pour leur « Charlie » . Même sous l’emprise exagérée de drogues et les grands discours travaillés de leur « Jésus-Christ » elles restent conscientes de leurs actes. Pourtant peu leur importe les conséquences, peu leur importe le sentiment d’empathie, tout ce qui compte c’est son regard à lui.

Elles sont ses jouets, ses chiennes, ses salopes. Il peut les récompenser, les briser, les baiser,  les malmener, les insulter, les frapper. Elles sont à lui, elles ne s’appartiennent plus.

« Depuis tous ces mois passés à faire l’amour ensemble, à tout partager et à vivre au même rythme biologique, ils avaient développé des liens instinctifs, non verbaux, pareils à ceux d’une horde d’animaux sauvages. »

Un superbe portrait de ces femmes prêtes à tout pour leur obscur Sauveur. Une analyse de folie humaine, de la folie meurtrière où la morale n’existe plus, où l’Homme est devenu une bête féroce.

Cet ouvrage dérangeant met un peu plus en exergue la dangerosité de Manson qui rassemble cette petite armée de fantômes et qui, tel un marionnettiste en tire les ficelles les plus coupantes. La naissance d’une « famille » de psychopathes en herbe où la montée de la violence se fait en un battement de cil, en un baiser suivi d’une bonne raclée. On n’y entre mais on n’en ressort jamais.

« En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire.  J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans  défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate. »

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ReadList #2 / « La fille du chaos » Masahiko Shimada

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Du sombre, du réel et de l’Irréel, du glauque, du Surnaturel et du Spirituel, le tout façon thriller psychologique. Avec La fille du chaos de Masahiko Shimada (2016 pour la sortie poche), il y en a pour tous les goûts.

Dans un Japon qui flirte constamment avec les limites, quand les destins de générations désenchantées, de sociétés décadentes et de quête de soi entre en corrélation avec les croyances ancestrales et la cruauté humaine, on découvre des portraits terrifiants et éprouvants de la société moderne dans l’exploration de ses extrêmes.

Une atmosphère à la Ryu Murakami qui explore le côté sombre de l’existence.

« Naruhiko a hérité des pouvoirs visionnaires de sa grand-mère chamane. Pour apprendre à contrôler ses dons, l’adolescent retourne sur la terre de ses ancêtres afin d’y subir un éprouvant rite d’initiation. Dans ses rêves apparaît Mariko.
Lycéenne devenue amnésique, celle-ci est séquestrée par un homme qui abuse d’elle et la conditionne au meurtre. Une fois libérée, elle est vite happée par la violence des bas-fonds de Tôkyô. Elle rencontre Sanada, un professeur d’université qui va se servir de la jeune fille comme machine de guerre contre une société aliénée et corrompue qu’il abhorre.
Unissant trois destins, ce spiritual mystery (« polar spirituel ») convoque le chamanisme et les forces surnaturelles d’un Japon millénaire pour mieux dénoncer l’enfer d’un monde qui a perdu son âme. »

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