Books/ ReadList #3 / Eirikur Orn Norddahl « Heimska la stupidité »

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Dernier opus de la ReadList#3!

Dans un monde où Internet est la plus belle source de progrès comme la plus dangereuse, Eiríkur Örn Norddahl nous met en garde contre la force de destruction que peuvent avoir les nouvelles pratiques du web sur les valeurs primordiales de l’humanité. A l’heure où tous prônent férocement le respect de la vie privée, à quel point sommes-nous victimes de notre propre « liberté » virtuelle?

Heimsla, la stupidité, paru chez Métailié au début de l’année nous offre une vision terrible mais tellement vraie de la réalité du no limit du web une fois pris dans ses griffes…

Né à Reykjavik en 1978, Eiríkur Örn Norddahl commence à écrire dans les années 2000 mais n’en vit pas. Voyageur et curieux des différentes façons de vivre des gens, il passera quelques années à Berlin, Helsinki et récemment au Vietnam. En 2004 il fonde le collectif poétique d’avant-garde Nyhil, en Islande avec plusieurs de ses comparses. En 2008, il a reçu le Icelandic Translators Award pour sa traduction du roman de Jonathan Lethem, Les Orphelins de Brooklyn. Il a obtenu une mention Honorable au Zebra Poetry Film Festival de Berlin en 2010 pour son animation poétique,  Höpöhöpö Böks. En  2012 Norddahl a reçu le Icelandic Literary Prize, catégorie fiction et poésie, ainsi que le Book Merchants’ Prize pour son roman Illska.

Heimsla, la stupidité, a obtenu le prix Transfuge du meilleurs roman scandinave 2017.

Eirikur Örn NORDDAHL

L’Islande du futur est un pays hyper-connecté. Chaque seconde de votre vie est filmée, partagée, jetée en pâture sur la place publique. Tous vos gestes sont étudiés, « Les gens avaient cessé de baiser portes closes ou de déféquer en privé ». 

C’est dans ce contexte que nous faisons la connaissance de Lenita et Áki Talbot.

Tous les deux écrivains et tout juste divorcés, ils cherchent à faire souffrir l’autre en se partageant mutuellement toutes leurs incartades sexuelles. le roman commence d’ailleurs par ça. Lenita est sauvée de son « obligation » de regarder en direct via webcam les scènes de sexe de son ex grâce à une coupure de courant. S’en suit le combat qu’ils vont tous deux mener pour un roman qu’ils ont écrit à l’identique etc…

Heimska c’est le tableau du voyeurisme exacerbé à l’extrême, un portrait d’une société où tout peut nous échapper. Une plume sarcastique et bien maîtrisée qui nous montre ce que le monde pourrait devenir si nous ne faisons pas plus attention à préserver notre intimité. 

Un roman court qui survole avec cynisme et sarcasme notre société connectée. Personnellement cela me rappelle un des épisodes de Black Mirror où l’on ne vit plus que par notre place dans le monde des réseaux sociaux et le succès que les autres nous vouent. Les gens arrivent à un extrême où, dans leurs cerveaux malades, ils ne peuvent exister s’ils ne sont pas vus de tous… Inquiétant!

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Futur proche, bienvenue dans la surVeillance : les caméras sont partout, impossible de se déconnecter. Au royaume de la transparence, tout ce qui est caché est suspect.
Áki et Lenita viennent de se séparer et se vengent par personnes interposées en se livrant à toutes sortes d’expériences sexuelles sous l’œil attentif des webcams. Tous deux écrivains, ils achèvent chacun leur roman. Un roman unique. Qui fera date.
À Isafjördur, le soleil de minuit commence à pâlir et les mystérieuses coupures d’électricité se multiplient, privant les habitants des joies du voyeurisme ; un groupe d’étudiants en arts squatte une ancienne usine de crevettes en cultivant des projets louches ; les autorités sévissent, pas toujours raisonnables.Dystopie contemporaine, Heimska est une satire vibrante de notre addiction à la vie des autres, de notre obsession de la transparence, de notre vanité sans bornes. Norðdahl passe le monde à la moulinette : l’art, l’amour et la politique sont autant d’illusions narcissiques qu’il convient de déboulonner avec une joie féroce. « Eiríkur Örn Norðdahl n’a peur de rien. » Sophie Joubert, L’Humanité

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ReadList#3/ Tim Murphy « L’immeuble Christodora »

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Ce premier trimestre 2017 nous offre à découvrir L’immeuble Christodora de Tim Murphy paru chez Plon.

Tim Murphy est journaliste pour le New-York Times et New-York Magazine. Il est très concerné par  les questions LGBT, la Culture et la Politique. Dans son premier roman traduit en français cette année et remarqué à parution par le monde littéraire américain, véritable saga sociale à la Tom Wolfe, Tim Murphy nous dresse un portrait plutôt noir de la souffrance et du combat des homosexuels et des femmes, les premiers touchés lors de l’arrivée de cette terrible maladie: le SIDA. Un roman qui nous dresse le portrait d’une société à l’heure où l’ignorance laisse ce fléau mortel s’abattre et décimer de plus en plus de personnes. Où tous voient encore cela comme une punition contre un mode de vie jugé décadent. Les victimes, elles, luttent pour se faire entendre, pour être soignées, pour avoir le droit de vivre.

 Tim Murphy nous livre son vécu, celui de l’intérieur, celui de la réalité. Il était au cœur de cette tourmente ayant une trentaine d’année à l’époque de l’intrigue de sa saga romanesque.

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 » Nous avions 25, 30, 35 ans et nous étions constamment au salon funéraire. Pense un peu à ça : chaque mois, un autre de tes amis, de tes connaissances, qui meurt et que tu dois contempler dans son cercueil. Ce n’est pas étonnant que plusieurs d’entre nous aient vécu leur propre version du stress post-traumatique au tournant des années 2000 », raconte Tim Murphy, 47 ans, au sujet des ravages du VIH/sida.
« C’était impossible de complètement y échapper ! Ce n’est pas comme maintenant, avec toutes ces pilules pour éviter de transmettre l’infection ou pour rester en santé. La maladie était omniprésente, elle me faisait peur, mais je n’en savais rien », poursuit-il en alternant entre l’anglais et un français appris auprès d’un ancien boyfriend from France. » (source: interview de Dominic Tardiff, New-York, Le Devoir libre de penser).

Dans une Amérique ébranlée dans sa liberté par le changement présidentiel, il insiste sur ces années où les droits étaient absents, où certaines communautés étaient parquées, abandonnées, méprisées afin de rappeler haut et fort que moultes combats ont été menés, qu’il en reste encore à poursuivre, et qu’il ne faut surtout pas revenir en arrière et cesser de se battre pour une égalité pour tous.

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«J’ai travaillé très fort pour trouver l’équilibre entre les faits et la fiction. Pour créer des personnages possédant une vie intérieure tout en insérant sur leur parcours ce qui s’est vraiment produit» Tim Murphy

Dans le New-York des années 80 et 90, le SIDA fait rage. Nous assistons aux débuts de la prise de conscience de la maladie à échelle plus vaste que communautaire et aux combats de ceux qui ont rendu cela possible au prix de beaucoup de choses, au prix de leurs vies. Combats des femmes pour être reconnues comme victimes et avoir droit à des traitements, combats des homosexuels pour ne pas être ghettoisé et avoir le droit d’être soignés. Faire réaliser aussi que ce terrible fléau n’a pas de préférences et que les victimes méritent une égalité de traitement.

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L’immeuble Christodora, c’est un récit social, une fiction historique, une étude sociologique dans un New-York de la fin du XXème siècle.

Le quartier où se situe l’immeuble Christodora a longtemps été mal considéré à New-York. Quartier principalement occupé par des immigrés dans un premier temps, il restera pendant des années dans un état de délabrement certain où bourgeois et classe supérieure ne mettront pas un pied. Il deviendra avec le temps un repaire de dealers, squatteurs et clochards.

Au début des années 80 le quartier, très proche du Greenwich Village tant prisé mais aux prix inaccessibles, devient l’un des projets des promoteurs New-yorkais. Le quartier est vidé, les drogués, squatteurs et clochards expulsés. Les immeubles sont rachetés, rénovés et vendus en copropriété. Rebaptisé « East Village », il attire alors artistes et bobos qui créeront un pôle culturel encore existant aujourd’hui.

C’est dans ce contexte que se construit l’histoire de ce roman.

Jared et Milly, artistes en devenir, s’installent dans l’un des appartements de l’immeuble Christodora, héritage du père de Jared. Ils vivent une vie de bohème, se concentrent sur leur Art, vivent d’amour et d’eau fraîche. Nous sommes encore loin de l’embourgeoisement que verra arriver le quartier. Lorsque Jared et Milly décident d’adopter Mateo, jeune orphelin d’origine portoricaine, leur vie change du tout au tout. Leur voisin, Hector, homosexuel drogué et perturbé, jouera un rôle primordial dans l’intrigue. Ancien militant contre le SIDA, il est intimement mêlé à la vie de Milly via sa relation avec Ava, la mère de Milly, qui elle aussi s’est battue tout au long de sa vie pour aider les malades de ce fléau. Il est aussi lié à la vie de Mateo dont la mère biologique fut à ses côtés dans les premiers rangs de ce combat historique pour se faire entendre, pour avoir le droit de vivre. Lorsque Mateo arrive à l’adolescence une fissure se crée entre lui et ses parents adoptifs. Il se rebelle alors contre la bourgeoise blanche et fuit ce foyer où il n’arrive pas à trouver sa place en se réfugiant dans les paradis artificiels. C’est à ce moment là qu’un rapport malsain né entre lui et Hector, un lien de destruction, une connivence de junkie. Après un éloignement géographique nécessaire qui lui permettra de se sortir de cette dépendance et de mener à bien son chemin artistique, il se met en quête des réponses à ses questions existentielles. C’est dans cette démarche qu’il revient à l’immeuble Christodora et découvre enfin ses origines.

Véritable satire sociale sur trois générations, le roman de Tim Murphy dresse le portrait d’un New-York intimiste et en friche dans une époque fragile et militante. Un style à la fois journalistique et romanesque qui n’est pas sans nous rappeler le « style Wolfe » et qui nous présente avec justesse et humilité l’une des périodes socialement la plus noire de la vie New-yorkaise.

Un roman kaléidoscopique qui retrace la vie d’un certain New York, de l’anarchie des années sida aux hipsters de demain.New York. Milly et Jared, couple aisé animé d’ambitions artistiques, habite l’immeuble Christodora, vieux building de Greenwich Village. Les habitants du Christodora mènent une vie de bohèmes bien loin de l’embourgeoisement qui guette peu à peu le quartier. Leur voisin, Hector, vit seul. Personnage complexe, ce junkie homosexuel portoricain n’est plus que l’ombre du militant flamboyant qu’il a été dans les années quatre-vingt.
Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, est choyé par ses parents qui voient en lui un artiste. Mais le jeune homme, en plein questionnement sur ses origines, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils représentent.
Milly, Jared, Hector et Mateo, autant de vies profondément liées d’une manière que personne n’aurait pu prévoir. Dans cette ville en constante évolution, les existences de demain sont hantées par le poids du passé.

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ReadList #3 / Marie-Eve Lacasse « Peggy dans les phares »

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Pour bien commencer cette nouvelle ReadList, Peggy dans les phares de Marie-Éve Lacasse, vient de paraitre chez Flammarion.

Dans ce premier roman publié en France en ce début d’année, Marie-Éve Lacasse nous dresse de portrait majestueux de Peggy Roche, femme pleine de ressources, qui fut l’Amour du charmant petit monstre Françoise Sagan.

On parle beaucoup de Sagan mais peu de celle qui l’a accompagnée pendant plus de 20 ans.

Amour caché, femme de l’ombre, Peggy Roche n’a pourtant pas attendu Françoise Sagan pour s’accomplir. Femme de caractère et amoureuse transie, après une union avec un résistant et un mariage avec Claude Brasseur, elle succombera aux charmes de Sagan qui, ne l’a jamais laissée indifférente, ce, dès le premier jour. La découverte de la relation de Françoise avec Paola (bien qu’elle aussi dissimulée) aura raison d’elle. La possibilité de réaliser son fantasme lui donnera les ailes pour démarrer une belle et riche histoire d’amour.

« Pour nous aimer, Françoise, il nous a fallu monter un rempart contre le monde, dans un grand silence où règne un équilibre d’amour. Ce que je dissous dans l’alcool, la nuit et toi me donnent la pleine conscience d’une richesse qui m’était jusqu’alors inimaginable. »

Au fil des pages nous découvrons sa vie aux côtés de Françoise et le comment Peggy Roche est devenue Peggy Roche, une femme de poigne que l’on craignait autant qu’on la respectait dans le milieu de la mode, après avoir bien trimé pour en arriver-là.

Deux portraits qui s’entrecroisent dans une narration entière et tendre sous la plume agréable et musicale de Marie-Éve Lacasse.

« Depuis que je te connais je vis avec l’inquiétude de te perdre. Pour la drogue, des hommes fantasques, des femmes bouleversantes qui t’emmènent ailleurs, là où je n’ai pas accès. Il y a les rivages poétiques qui ne m’ont jamais enchantée, les bals somptueux où je n’ai pas mes entrées, la rivalité vénéneuse d’un papier imbibé sous la langue et la complicité des piqûres que je n ai jamais voulu partager. Je suis toujours arrivée à me frayer un chemin jusqu’à toi, conservant comme je le peux une dignité impériale.» Mannequin, styliste, journaliste de mode, mariée à un grand résistant puis à Claude Brasseur, Peggy Roche a aussi été pendant vingt ans la compagne discrète de Françoise Sagan. Peggy dans les phares est le roman de cette passion dévorante traversée des plus grandes figures de la vie littéraire et artistique de l’époque. »

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ReadList #2 / Régis Jauffret « Cannibales »

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Avec Cannibales, paru aux Éditions du Seuil en 2016, Régis Jauffret revient à un genre peu prisé à notre époque et pourtant captivant: le roman épistolaire.

Les habitués des Liaisons dangereuses risquent d’être perturbés, le genre est bien revisité!

Deux femmes dont le seul point commun n’est que le poids de la présence de Geoffrey, fils pour l’une et ex-amant pour l’autre, se retrouvent complices d’échanges secrets et laissent de côté leur politesse.

Elles évacuent des frustrations bien légitimes, frôlent la folie autour de plans machiavéliques visant à torturer puis tuer celui qui pèse tant dans leur existence.

Au fil des lettres les visages changent, les mots sont plus durs, plus fous, plus haineux aussi.On plaint Geoffrey comme on le déteste.

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« Pas de simagrées, l’amour n’est pas la vie, une rupture n’est pas l’agonie.C’est tout au plus un tendre rhume, une fluxion, la foulure d’un sentiment dont se passent fort bien ces ethnies à qui chasse et cueillette ne laissent pas un instant de répit. »

L’effervescence des métaphores, l’apparition maitrisée de la cruauté humaine, ce côté diabolique qui ressort au fil des échanges entre ces deux femmes, sensées, par leur rôle de mère et d’amante, porter le masque de l’indulgence et de l’amour, stimule le lecteur et l’amuse tout en le scandalisant (un peu).

A lire!

« Noémie est une artiste peintre de vingt-quatre ans. Elle vient de rompre avec Geoffrey, un architecte de près de trente ans son aîné avec qui elle a eu une liaison de quelques mois. Le roman débute par un courrier d’elle adressé à la mère de cet homme pour s’excuser d’avoir rompu. Un courrier postal plutôt qu’un courrier numérique qu’elle craindrait de voir piraté. Une correspondance se développe entre les deux femmes qui finissent par nouer des liens diaboliques et projeter de dévorer Geoffrey.
Les deux femmes sont des amoureuses passionnées. La vieille dame a donné à son fils le prénom du seul homme qu’elle ait jamais aimé, mort accidentellement avant son mariage. Noémie est une « collectionneuse d’histoires d’amour », toujours à la recherche de l’idéal tandis que Geoffrey s’efforce sans succès d’oublier cette amante qu’il a adorée.
Un sauvage roman d’amour. »

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ReadList #2/ « California Girls » Simon Liberati

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Après Eva paru l’an passé, Simon Liberati se penche une fois encore sur le destin torturé de femmes blessées et manipulées pour qui la vie n’a été que souffrance, renonciation et perte de Soi.

California Girls, paru en août 2016 chez Grasset, s’intéresse  à la Famille Manson.

Par la narration de l’un des plus glauques fait divers du siècle dernier, le meurtre gratuit et ignoble de Sharon Tate, ce roman offre une approche quelque peu différente des dizaines d’ouvrages consacré à l’un des plus grands psychopathes de l’histoire contemporaine.

Pourquoi différente? Parce que Manson n’est pas le centre de l’intrigue. Ce n’est pas un énième portrait de lui, mais un regard porté sur son entourage. Sur ces filles qui ont tout renié, tout balancé pour pouvoir être à ses côtés. Ces jeunes femmes désabusées, fragiles, en manque cruel d’attention, d’amour, de reconnaissance. Ces femmes qui n’attendaient plus rien mais qui voulaient tout. De parfaites victimes pour un Manson égocentrique et dérangé, qui pourra, par son charisme et son talent d’orateur les façonner à son image.

Attention, elles ne sont pas pour autant déchargées de leur responsabilités dans les méfaits horribles qu’elles ont été capables d’accomplir pour leur « Charlie » . Même sous l’emprise exagérée de drogues et les grands discours travaillés de leur « Jésus-Christ » elles restent conscientes de leurs actes. Pourtant peu leur importe les conséquences, peu leur importe le sentiment d’empathie, tout ce qui compte c’est son regard à lui.

Elles sont ses jouets, ses chiennes, ses salopes. Il peut les récompenser, les briser, les baiser,  les malmener, les insulter, les frapper. Elles sont à lui, elles ne s’appartiennent plus.

« Depuis tous ces mois passés à faire l’amour ensemble, à tout partager et à vivre au même rythme biologique, ils avaient développé des liens instinctifs, non verbaux, pareils à ceux d’une horde d’animaux sauvages. »

Un superbe portrait de ces femmes prêtes à tout pour leur obscur Sauveur. Une analyse de folie humaine, de la folie meurtrière où la morale n’existe plus, où l’Homme est devenu une bête féroce.

Cet ouvrage dérangeant met un peu plus en exergue la dangerosité de Manson qui rassemble cette petite armée de fantômes et qui, tel un marionnettiste en tire les ficelles les plus coupantes. La naissance d’une « famille » de psychopathes en herbe où la montée de la violence se fait en un battement de cil, en un baiser suivi d’une bonne raclée. On n’y entre mais on n’en ressort jamais.

« En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire.  J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans  défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate. »

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ReadList #2 / « La fille du chaos » Masahiko Shimada

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Du sombre, du réel et de l’Irréel, du glauque, du Surnaturel et du Spirituel, le tout façon thriller psychologique. Avec La fille du chaos de Masahiko Shimada (2016 pour la sortie poche), il y en a pour tous les goûts.

Dans un Japon qui flirte constamment avec les limites, quand les destins de générations désenchantées, de sociétés décadentes et de quête de soi entre en corrélation avec les croyances ancestrales et la cruauté humaine, on découvre des portraits terrifiants et éprouvants de la société moderne dans l’exploration de ses extrêmes.

Une atmosphère à la Ryu Murakami qui explore le côté sombre de l’existence.

« Naruhiko a hérité des pouvoirs visionnaires de sa grand-mère chamane. Pour apprendre à contrôler ses dons, l’adolescent retourne sur la terre de ses ancêtres afin d’y subir un éprouvant rite d’initiation. Dans ses rêves apparaît Mariko.
Lycéenne devenue amnésique, celle-ci est séquestrée par un homme qui abuse d’elle et la conditionne au meurtre. Une fois libérée, elle est vite happée par la violence des bas-fonds de Tôkyô. Elle rencontre Sanada, un professeur d’université qui va se servir de la jeune fille comme machine de guerre contre une société aliénée et corrompue qu’il abhorre.
Unissant trois destins, ce spiritual mystery (« polar spirituel ») convoque le chamanisme et les forces surnaturelles d’un Japon millénaire pour mieux dénoncer l’enfer d’un monde qui a perdu son âme. »

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ReadList #2 / Vincent Ravalec « Bonbon désespéré »

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Le grand retour de Vincent Ravalec!

Avec Bonbon désespéré, paru en mars 2016 aux Éditions du Rocher, Vincent Ravalec revient sur la scène romanesque.

Un roman plein d’humour sur fond d’intrigue policière où le lecteur suit l’histoire d’Origène, bibliothécaire pseudo-écrivain qui voit peu à peu son roman prendre forme dans la vie réelle. Mais comment en changer l’issue si celle-ci est déjà écrite?

Un bon moment de lecture en perspective teinté de surnaturel, comique et mélange de genres!

« Il y a, dans Bonbon désespéré, des notables qui veulent faire revivre une région, de jolies filles en danger, un gourou portugais, un faux trésor, de vrais méchants, et un héros pour les combattre.
Il y a, surtout, un écrivain qui n’arrive pas à se faire éditer, mais dont les livres décrivent les choses avant qu’elles n’arrivent. Il en est de même de cette terrible histoire : l’écrivain assiste aux événements dont il connaît par avance le déroulement et se demande s’il doit intervenir, et si oui, comment ? Car on ne peut changer ce qui est écrit… Sauf qu’on se demande si le lecteur n’a pas son mot à dire dans le déroulement de l’histoire.
Cela se passe dans un trou paumé où, sur la place de l’église, trône un gigantesque bonbon.
Polar trépidant avec une pointe de fantastique, roman d’aventures où les destinées banales acquièrent une épaisseur tragi-comique, Bonbon désespéré s’avale comme une sucrerie délicieusement acidulée.
Écrivain et cinéaste, Vincent Ravalec a publié treize romans et huit recueils de nouvelles, parmi lesquels Cantique de la racaille et Un pur moment de rock’n roll, couronnés de plusieurs récompenses dont le prix de Flore, le prix des Bouquinistes et le prix Auchan. »

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ReadList #2 / Miranda July « Le premier méchant »

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Miranda July, de son vrai nom Miranda Grossinger, née en 1974, a de multiples cordes à son arc! Musicienne, actrice, scénariste, écrivain et réalisatrice américaine, elle nous livre ici son dernier roman Le premier méchant paru en janvier 2016 aux Éditions Flammarion (parution française).

L’histoire commence par le portrait de Cheryl, qui sera la narratrice. une femme angoissée, complexée, limite chiante avec ses tocs de maniaque et les films qu’elle se fait.

On a juste envie de l’attraper par les épaules et de la secouer en criant « Mais tu vas bouger tes fesses! Vis dans la réalité bordel, arrête de planer à mille mètres et de t’inventer des problèmes qui n’existent pas! ».

C’est exactement ça, on veut qu’elle cesse d’être un bulot et qu’elle se décide à exister ! La vie par procuration c’est bien 5 minutes. Quand Clee rentre dans sa vie tout explose…

Intéressant !

« Cheryl, quadragénaire hypersensible, vit seule avec son globus hystericus : une boule d’angoisse dans la gorge. Elle travaille pour une association spécialisée dans l’autodéfense féminine. Et elle est persuadée qu’un de ses collègues est son âme soeur et qu’ils fileront bientôt le parfait amour. Quand ses patrons lui demandent si leur fille de vingt ans, Clee, peut s’installer chez elle pendant quelque temps, le monde maniaque de Cheryl la célibataire explose.
Et pourtant c’est Clee, la bombe égoïste, blonde et cruelle, qui, à force de persécutions, va précipiter Cheryl dans le monde réel. Avec ce premier roman surprenant d’originalité et plein de malice, Miranda July s’impose comme une des nouvelles voix les plus inspirées de la littérature américaine. »

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ReadList #2 / Matt Sumell « En veilleuse »

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Avec En veilleuse, paru chez Plon en mars 2016 (édition française),  Matt Sumell nous présente ici le parfait anti-héros!

Détestable, violent, vulgaire et asocial, Alby et sa personnalité brisée occupent tout l’espace. La première réaction du lecteur est un sentiment de dégoût. Cependant, au fil des pages et de l’introspection de ce personnage et narrateur, on découvre un être fragile et perturbé qui cherche à vivre une vie, sa vie, du mieux qu’il peut, écrasé par le chagrin, la solitude et la peur de l’abandon. Le tout généré par le décès de sa mère au début du roman. Certes ce n’était pas en enfant facile mais être un homme, sans filet maternel, et en gérer les séquelles c’est une autre paire de manches!

Entre rire et larme, violence et émotion, Matt Sumell maîtrise les rouages de ce fou au cœur tendre!

Je n’en dirais pas plus !

« Alby est en colère. En colère contre tout. Il frappe sa sœur et tous ceux qui se mettent en travers de son chemin – ils l’ont bien mérité –, balance des insultes aux enfants et aux vieux qui le ralentissent, et se soûle. Mais c’est avec une infinie délicatesse qu’il prend soin du plus fragile oiseau.
D’une inaptitude étrangement touchante aux relations humaines, Alby ne se remet pas, vraiment pas, du décès de sa mère. Ce deuil est si profondément ancré en lui qu’il pourrait bien le ronger jusqu’à la moelle. Alors Alby rit de tout pour essayer d’oublier peine et chagrin. Et quand la détresse devient trop forte, il déverse son vitriol sur les hommes, les femmes, les frères et sœurs, les grille-pain, les poubelles et sur la vie elle-même.
Matt Sumell nous livre ici le portrait brutal et drôle – mais aussi extrêmement sensible – d’un anti-héros au grand cœur, qui tente de sortir la tête de l’eau et de recoller les morceaux pour continuer à vivre. En veilleuse nous transporte à cent à l’heure dans l’univers tendre et fantasque d’un personnage dont le comportement provoque le fou rire page après page. »

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ReadList #2 / Andrew Ervin « L’incendie de la maison de Georges Orwell »

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Avec L’incendie de la maison de Georges Orwell , les amateurs de romans décalés et délirants ne seront pas déçus!

Andrew Ervin, novelliste américain, critique littéraire et éditeur né en 1971,  nous livre ici son premier roman paru chez Joëlle Losfeld en janvier 2016 (traduction française).

Cet ouvrage est la promesse d’un très bel et intense instant de lecture, on ne s’ennuie pas! Les personnages, plus déjantés les uns que les autres, construisent, petit à petit, une intrigue complexe et inquiétante sur un fond Orwellien parfait pour illustrer l’état mental de Ray, le protagoniste. Des paysages aussi paisibles qu’inquiétants, des rencontres aussi intéressantes que terrifiantes, des histoires tant hilarantes que flippantes!

A lire!

« Ray a fait fortune à Chicago en adaptant les théories de George Orwell – en particulier celles exposées dans 1984 – au marketing. Ray est persuadé que le monde d’aujourd’hui est pire encore que celui décrit dans le fameux roman. Tout va donc pour le mieux jusqu’au jour où sa femme, persuadée (à tort) qu’il a une liaison avec l’une de ses collaboratrices, demande le divorce.
Plongeant peu à peu dans une crise morale et existentielle, Ray décide de s’exiler sur l’île écossaise de Jura, où il loue la maison dans laquelle Orwell a écrit 1984. Accompagné d’une impressionnante réserve de whisky, personnage à part entière de cette comédie, il se plonge dans les œuvres complètes de l’auteur. Mais c’est sans compter sur les habitants de l’île, en particulier Pitcairn, un nationaliste furieux et vaguement psychopathe, sa fille Molly, qui cherche à quitter les lieux, et Farkas, un voisin amical à ceci près qu’il se
dit loup-garou… »

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