Texte / Poésie / « La Muse », M.Watts, 2007

MAA122468 Erato, Muse of Poetry, 1870 (w/c on paper) by Poynter, Sir Edward John (1836-1919) watercolour on paper laid down on board 47x33 Private Collection © The Maas Gallery, London, UK English, out of copyrightErato, Muse of Poetry, 1870 (w/c on paper) by Poynter, Sir Edward John (1836-1919) watercolour on paper laid down on board 47×33 Private Collection©

« A la porte de mon esprit
Ma Muse, de ses lèvres dorées me sourit.
Son regard de mille ambres teinté,
Au creux de mon être vient se fixer.
Caressant sa chevelure d’ébène,
Le son cristallin de son rire enfantin,
M’invite à la suivre dans un pays lointain.
La chaleur de sa voix murmure le désir,
La douceur de sa peau invite au plaisir.
Elle m’enveloppe de sa féminité, m’inspire par son audace,
Fait trembler mes sens, séduit mon imagination.
La naissance d’une harmonie au creux des méandres de la Passion.
Ainsi réunies dans un florilège de sensations,
le temps est à l’écriture du chant de la Création. »

Texte / « Consommation », M.Watts, 2013

Je suis un petit logo criard sur le dos d’un tee-shirt.

Symbole d’une société qui part à la dérive, qui ne sait plus où s’accrocher, stimulée par l’image que je lui renvois pour ne pas errer sans buts, au cœur de cette abîme qu’elle creuse elle-même de ses mains. Celle-là même qui se persuade de ne pouvoir vivre sans moi.

Je suis l’emblème de ce qu’il faut, le dealeur de ce qui rend heureux, la chimère de ce qui doit rendre heureux.

Je suis l’allégorie de la possession, le reflet de l’Idéal tant recherché.

Responsable tout désigné de cette décrépitude latente, je déclenche les vices.

Le bouc émissaire tout établi de cette génération perdue qui a besoin d’un chemin, d’un pâturage où s’abandonner pour ne pas tendre à devenir une brebis égarée, ou pire encore, une brebis galeuse rejetée du troupeau.

Je suis celui qui déshumanise, celui qui nourrit la convoitise, qui fait perdre la raison, qui place les priorités. Celui qui rend plus fort, qui donne de l’importance, de la substance.

Le moyen qui intègre, offre le moule, et qui en plus présente ce côté rassurant, cette omniscience divine de pacotille qui remplace ces religions si lointaines et flatte la vanité hypocrite de vos semblables. Je juge, punis, récompense, et mes tables de lois sont accessibles à tous.

Le Dieu Vengeur est Bon n’est là que pour la galerie: maintenant c’est moi qui pose le cadre qui délimite les préceptes de l’Existence humaine.

J’ai fini par prendre une place qui ne m’étais pas destinée, à laquelle je n’aurais osé prétendre mais l’Homme Moderne me l’a offerte sur un plateau et j’aurais été fou de laisser passer cette chance de tous vous dominer.

Cet intérêt m’est monté à la tête et devant cet amas de richesse je suis devenu manipulateur en chef et symbole de réussite.

Sans moi l’homme n’est rien mais à mes côtés il se perd de jour en jour.

J’aspire les valeurs, tranche dans les espoirs, parfois même ai le droit de vie ou de mort. J’aime cette puissance, je la savoure, je l’entretiens.

Je suis un petit logo criard au dos d’un tee-shirt et ma plus grande force n’est pas ce que je suis mais ce que vous avez fait de moi.

Je suis la société d’aujourd’hui et c’est vous tous qui m’avait créé. A votre image.

Cette image d’apparat, cette image de fausseté, cette image de surface.

Car l’homme est devenu ainsi et ne cherche plus à gagner en substance mais juste à paraître profond.

Ne souriez pas, vous êtes tous mes victimes, à des degrés différents c’est certain car je suis aussi la représentation du seul endroit où vous pouvez répondre à vos besoins primaires, mais rares sont ceux qui ne se laissent pas séduire par mon pouvoir.

Ma spécialité est de rendre les besoins secondaires encore plus importants que le reste et de leur donner une place de choix.

Supermarket

Je suis un petit logo criard sur le dos d’un tee-shirt, une enseigne lumineuse sur une façade, une petite griffe sur vos seins ou sur l’élastique de votre boxeur.

Je suis partout et suis signe de richesse.

Plus je m’enrichis et plus vous vous croyez heureux, plus vous croyez me posséder et plus vous pesez dans votre société. Plus vous vous enlisez dans la vase de votre cupidité et plus je ricane vous voyant perdre tout libre arbitre.

Le plus drôle dans l’histoire c’est que mon alliance s’agrandit de jour en jour. J’ai toute l’aide qu’il me faut.

Bientôt vous serez un peu plus esclaves des pulsions que je provoque.

Je vous imagine déjà les yeux exorbités et l’écume au lèvres brûlant d’impatience de ce que je pourrais vous offrir.

Meute de chien errants à qui on tend alternativement un bout de viande avarié et un sournois coup de bâton . Je lâche un peu la laisse et vous vous sentez libres.

L’Homme est faible dès qu’il est isolé et rien n’est plus facile pour nous que de vous diviser.

Nous prônons l’Individualisme car vous êtes ainsi beaucoup plus faciles à manipuler.

Nous injectons les idées au creux de vos cerveaux, manipulateurs entraînés qui vous prête un pouvoir de décision que vous ne possédez plus depuis longtemps.

Nous vous étudions jour après jour, le moindre de vos mouvements, la moindre de vos envies sont décortiqués par nos spécialistes afin de pouvoir répondre au mieux à vos attentes, à vos rêves les plus fous. Vous nous apportez vous-même les réponses, n’est-ce pas jouissif?

Toutes les indications nous sont servies sur un plateau pour nous permettre de remplir un peu plus nos caisses et nous sentir supérieurs, nous moquant, nous délectant de ces petits hommes qui sont devenus nos jouets en nous livrant les plus grandes de leurs faiblesses.

Ce n’est plus l’Art de la guerre, vous n’êtes plus des combattants mais de parfaits petits soldats lobotomisés que nous avons créé.

Quel beau retournement de situation. Vous nous avez créé par confort et innovation pour être au service de vos envies, de vos besoins et vous êtes maintenant et pour longtemps totalement dépendant de nous.

Je suis un petit logo criard au ventre repu. Aujourd’hui je peux vivre sans vous, très longtemps avec tous les bénéfices que vous m’avez fait faire , mais vous, comment feriez-vous sans moi? » MW